Le chantier québécois de l’environnement

Au lendemain des élections, François Legault a répété avoir l’intention de travailler plus étroitement avec l’opposition. À la cheffe libérale, Dominique Anglade, il proposait une collaboration en économie ; au co-porte-parole de Québec solidaire (QS), Gabriel Nadeau-Dubois, c’était en environnement ; au chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, il offrait la protection de la langue française. Le chef du Parti conservateur du Québec (PCQ), Éric Duhaime, ne fut pas oublié, et c’est le dossier de l’efficacité de l’État qui lui revient.

C’est particulier et sans doute réducteur : chacun des quatre partis d’opposition est limité à un champ d’action précis, comme si les formations politiques étaient « monodossiers ». De plus, dans sa plateforme électorale, le Parti libéral du Québec a imbriqué son programme économique dans ses engagements en matière de lutte contre les changements climatiques, ce que Dominique Anglade a appelé le projet ÉCO — une vision de 100 milliards gonflée à l’hélium ou, plutôt, à l’hydrogène. On comprend aussi que le chef caquiste reconnaît le grand intérêt du PQ pour la protection du français, mais en ce qui concerne l’environnement, la plateforme péquiste était au moins aussi étoffée et pertinente que celle de QS.

Sur la langue française, la démographie et l’immigration, François Legault projette de tenir une forme de sommet — la formule n’est pas encore arrêtée — qui réunirait la société civile, des experts et des acteurs politiques sur une base transpartisane, faut-il présumer.

Il existe une certaine tradition au Québec pour ce genre d’exercice. Le premier ministre Lucien Bouchard avait tenu en 1996 le Sommet socio-économique afin d’obtenir un consensus visant à rendre acceptable l’atteinte du déficit zéro, mais qui avait également débouché sur de nouvelles mesures sociales comme la Loi sur l’équité salariale, l’assurance médicaments et le réseau des garderies. Il faut aussi rappeler la tenue en 2001 de la Commission des États généraux sur la situation et l’avenir de la langue française au Québec, présidée par Gérald Larose. Vingt et un ans plus tard, il faut croire que la question n’est toujours pas réglée.

Mais un exercice qui vaut pour les finances publiques ou l’avenir en français de la nation québécoise vaut sans doute aussi pour la question existentielle, vitale des changements climatiques et des mesures que l’ensemble de la société doit prendre, collectivement et individuellement, pour y faire face.

Fort heureusement, aucun des partis politiques en présence au Québec ne nie la réalité du réchauffement climatique causé par l’activité humaine. Certes, il y a une formation politique, le PCQ, qui n’est guère cohérente : elle propose de suspendre l’application de la taxe sur l’essence, d’exploiter les gisements de gaz de schiste de la vallée du Saint-Laurent et de relancer le projet de GNL Québec, avançant que le gaz naturel est une source d’énergie de transition et qu’il faut alimenter l’Europe. Enfin, ce parti libertarien réclame l’abolition de la taxe fédérale sur le carbone. Rien de nouveau sous le soleil canadien : le PCQ affiche la même inconséquence que le Parti conservateur du Canada.

Les quatre autres partis diffèrent sur la cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre qu’il faut viser pour 2030, QS ayant l’objectif le plus ambitieux. Défendant une baisse de 37,5 % par rapport à 1990, la Coalition avenir Québec est en deçà de la recommandation à l’échelle mondiale du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Au point où nous en sommes, ce sont les résultats plutôt que les cibles qui comptent. À l’horizon de 2030, tout reste à faire au Québec — on part en quelque sorte de zéro —, que la cible soit de 37,5 %, 45 % ou 55 %.

Qui plus est, le gouvernement caquiste n’a défini que la moitié des mesures qui le conduiraient à respecter sa cible de 2030, sans parler de l’atteinte de la carboneutralité en 2050, un objectif que tous les partis partagent. S’il manque d’imagination, le gouvernement Legault peut s’inspirer des engagements des autres partis, notamment du PQ et de QS. Au lieu de railler hypocritement les taxes bonus-malus de QS qui s’appliqueraient aux véhicules énergivores, il devrait se souvenir que ce genre de taxes existe déjà : les frais d’immatriculation sont modulés selon la cylindrée des véhicules. On pourrait envisager de les hausser.

Le PQ propose de convoquer un « chantier de dialogue social sur l’urgence climatique » afin de développer des stratégies régionales et nationale de transition écologique, peut-on lire dans sa plateforme. Le gouvernement Legault aurait intérêt à considérer cette proposition. Quelle que soit la forme qu’il peut prendre, un tel dialogue est nécessaire puisque la population, appelée à modifier son mode de vie, doit être mise dans le coup.

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