Changement de discours

Dans son allocution pour souligner sa victoire lundi soir, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a voulu dissiper la déplorable impression que ses propos sur l’immigration et ceux de son ministre Jean Boulet ont laissée au cours de la campagne électorale. C’est un salutaire changement de discours qui doit conduire à un véritable changement de perspective.

Pour une fois, ses mots étaient bien choisis. À juste titre, François Legault a rappelé que, contrairement à ce qui se passe ailleurs, « tous les partis considèrent que l’immigration, c’est une richesse ». Et l’intégration, « c’est un cadeau mutuel qu’on se fait ».

Le Québec n’est pas un terreau fertile pour la montée de partis d’extrême droite anti-immigration comme il en existe en Europe, tels ceux qui viennent de prendre le pouvoir en Suède et en Italie. D’ailleurs, les propos faux et vexatoires de Jean Boulet sur les immigrants ont nui à la CAQ en réduisant son potentiel électoral sur l’île de Montréal. Ils ont donné un élan à la cheffe libérale Dominique Anglade, qui a pu sauver la mise en ralliant ses électeurs qui, autrement, auraient pu rester chez eux le jour du vote.

Comme il l’a fait dans le passé, le premier ministre a pris l’engagement convenu d’être le premier ministre de tous les Québécois, mais en insistant sur le fait qu’il parlait des Québécois, « de toutes les régions, de tous les âges, de toutes les origines ». Sa volonté manifeste, c’est de rassembler la population.

Mais son plus grand devoir en tant que premier ministre du Québec, a-t-il poursuivi, « c’est de s’assurer que la langue française garde toute sa place, toute sa vigueur ». Et pour lui, l’avenir du français, « ça passe beaucoup par notre capacité à intégrer en français » les nouveaux arrivants. Il envisage de tenir des États généraux, un sommet, une commission — la formule est encore à définir — sur l’enjeu de la pérennité de la nation québécoise, un événement auquel seraient aussi conviés allophones et anglophones, car eux aussi tiennent à notre « société distincte », croit-il.

Or, si le Québec était un pays normal, comme le Portugal ou le Danemark, par exemple, ou encore une province canadienne comme les autres, c’est-à-dire anglophone, intégrer les immigrants dans la langue nationale ne serait pas un enjeu. C’est parce qu’il y a deux régimes linguistiques qui s’affrontent dans la région de Montréal et dans l’ouest du Québec, deux légitimités nationales, que le problème se pose. Et aussi parce que l’anglais a repris le dessus. Dans un pays bilingue comme la Belgique ou trilingue comme la Suisse, la protection de chacune des langues est territoriale. Pas au Canada.

Selon une étude publiée en 2021 par l’Office québécois de la langue française, même si la totalité des immigrants dits économiques, c’est-à-dire ceux que le Québec sélectionne, maîtrisait le français, cela influerait peu sur le déclin du français.

Il faut le dire : ce n’est pas la faute des immigrants si le français régresse au Québec. C’est un travers collectif fait d’indifférence, de passivité et de soumission, lié à cette croyance beaucoup plus répandue ici qu’ailleurs qu’il faut penser et travailler en anglais pour se réaliser. C’est un contexte sociolinguistique favorable à l’anglais, donc défavorable au français, qui pousse les immigrants vers l’anglais en trop grand nombre et qui fait que de plus en plus de jeunes francophones s’assimilent au Canada anglais, ici même au Québec.

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