La résignation

Le printemps dernier, François Legault faisait de l’obtention de nouveaux pouvoirs en immigration une affaire de survie pour la nation québécoise. Il réclamait un mandat fort pour négocier avec Ottawa et avoir gain de cause afin de repousser la « louisianisation » du Québec.

Durant la campagne électorale, cette ambition en matière d’immigration s’est ratatinée. Devant les refus répétés de Justin Trudeau, le chef caquiste est maintenant prêt à accepter que le gouvernement fédéral continue de sélectionner 40 % des immigrants. Son unique condition : qu’Ottawa consente à définir des critères pour qu’un plus grand nombre d’entre eux parlent français. Il n’a pas soufflé mot sur la sélection des quelque 85 000 travailleurs étrangers temporaires qui se trouvent en sol québécois, qui sont choisis pour la grande majorité par Ottawa et dont la moitié ne parle pas français. Il n’a pas parlé non plus des étudiants étrangers, dont 45 % fréquentent des établissements de langue anglaise au Québec, tandis qu’un nombre anormalement élevé de candidatures d’étudiants francophones, acceptés par des universités et des cégeps de langue française, sont rejetées par les autorités fédérales de façon discriminatoire.

Si les caquistes voulaient se bâtir un rapport de force, le flot de déclarations maladroites, voire inconcevables, sur l’immigration a fait tout le contraire. Ces 80 % d’immigrants qui débarquent à Montréal, ne parlent qu’anglais et ne travaillent pas — mortifiantes paroles proférées par un ministre de l’Immigration qui ne le sera plus — resteront dans les annales, un peu comme « les votes ethniques » d’un certain premier ministre. C’est toute la nation québécoise qui est éclaboussée.

Le gouvernement Trudeau aura tout le loisir de continuer à envoyer paître un gouvernement caquiste, même si la politique fédérale d’immigration pléthorique nuit aux intérêts des Québécois, des Acadiens et des autres francophones du reste du Canada, même si la gestion du ministère Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada est lamentable, surtout pour les ressortissants étrangers sélectionnés par Québec.

La nation québécoise doit pouvoir régir son immigration. Mais ce n’est pas une assemblée remplie de tant de députés d’arrière-ban qu’on se croirait au Jardin botanique qui pourrait infléchir le pouvoir central.

L’immigration n’est évidemment pas le seul dossier dans lequel le gouvernement québécois occupe une position de quémandeur auprès du gouvernement fédéral. Faisant front commun avec ses homologues des autres provinces, François Legault a insisté pour qu’Ottawa relève le Transfert canadien en matière de santé. On ne peut pas dire que la Coalition avenir Québec (CAQ) a renforcé son argumentaire en promettant des baisses d’impôts de 7,4 milliards au premier jour de la campagne. Non plus avec le plaidoyer du chef caquiste en faveur du fédéralisme rentable et de son corollaire, des versements de péréquation de 13 milliards. Il faudra compter sur l’Ontario, dont les finances ne sont pas des plus reluisantes, pour trouver les bons arguments.

Que dire du troisième lien, pour lequel le gouvernement caquiste réclame d’Ottawa 40 % du coût de 6,5 milliards ? Le gouvernement Trudeau a déjà fait valoir qu’il ne subventionnait que les infrastructures de transport collectif, partie congrue du troisième lien. Et c’est sans parler de l’évaluation environnementale fédérale à laquelle le projet sera soumis. Durant la campagne électorale, François Legault a fait savoir que son gouvernement ne disposait d’aucune étude sur cet onéreux tunnel et que la décision était de toute façon politique. Aux yeux d’Ottawa, ce ne sont certes pas des arguments très convaincants.

Et tandis que François Legault entend relancer la construction de barrages, voilà que le gouvernement fédéral s’est donné le pouvoir de bloquer, pour la première fois dans l’histoire canadienne, la construction de centrales hydroélectriques d’envergure en sol québécois. Comme le révélait Le Devoir la semaine dernière, de tels ouvrages sont désormais soumis aux dispositions de la Loi sur l’évaluation d’impact, adoptée par le gouvernement Trudeau en 2019. Le gouvernement caquiste ne s’est même pas élevé contre cette nouvelle intrusion.

En mettant de côté ses velléités souverainistes pour créer la CAQ, François Legault proposait de ne pas attendre le Grand Soir pour faire avancer le Québec. En 2018, son parti avait dans sa besace son « nouveau projet nationaliste » contenant une liste de revendications qu’il adressait à Ottawa, que ce soit en matière de culture, d’immigration, de contrôle d’infrastructures, autant de demandes qui, à peu de chose près, sont restées lettre morte. Maintenant que ce projet nationaliste est caduc, il faut croire que la résignation a gagné la CAQ. Comme l’a bien exprimé le candidat Bernard Drainville, contentons-nous de « l’autonomie qu’on a ». Continuons, qu’ils disaient.

À voir en vidéo