Un manque d’envergure sur la scène internationale

D’ici la fin de la campagne électorale, l’équipe éditoriale du Devoir proposera une analyse des principaux engagements des partis politiques sur des thèmes qui interpellent l’ensemble des Québécois. Aujourd’hui : les relations internationales.

« All politics is local », a fameusement dit, après d’autres, le défunt Tip O’Neill, élu démocrate du Congrès américain dans les années 1970 et 1980. Or, « local » ne veut pas dire « petit ». Inflation, crise du logement, lutte contre les changements climatiques, immigration, systèmes de santé exsangues et sortie de crise pandémique sont toutes des questions proches qui sont d’ampleur planétaire. Si le climat et la mondialisation dans tous leurs états nous forcent à le voir, nos campagnes électorales continuent malgré tout de souffrir d’une espèce d’insularité que nos politiciens — pas que les nôtres, au demeurant — ne font pas souvent l’effort de dépasser.

D’où la question : le rôle du Québec sur la scène internationale, qui en parle ? Le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, l’a bien effleurée à quelques reprises en évoquant le rayonnement d’un éventuel Québec souverain. Mais c’est à peu près tout. Désolant quand même que la place et les responsabilités de l’État québécois dans les affaires du monde ne fassent pas plus naturellement partie des discours de campagne.

Le gouvernement Legault n’a pas donné l’impression pendant son mandat d’avoir grand appétit pour la promotion active des intérêts et de l’identité nationale du Québec dans les instances internationales, partout où il le peut. Inconvénient majeur : l’effet exceptionnellement immobilisant et perturbateur, pendant plus de deux ans, d’une certaine pandémie. Mais cela ne nous empêche pas de constater que, sur le fond, la politique internationale du Québec a continué de rapetisser sous ce gouvernement, en ce sens qu’elle est aujourd’hui centrée plus que jamais sur le développement de relations commerciales — sur la création de « jobs payantes ». Le registre n’est pas celui d’un René Lévesque pétri d’ouverture sur le monde.

Le document de politique internationale publié en 2019 et intitulé  Le Québec : fier et en affaires partout dans le monde ! est à ce titre éclairant : il y est par-dessus tout questiond’intensifier « la diplomatie économique québécoise »et d’« entreprendre un virage économique sans précédent ». Tout le reste y est juxtaposé — l’action politique, la culture, le français, l’environnement. Et c’est ainsi que le premier ministre Legault n’a apparemment de conscience écologiste que dans la mesure où il s’agit de faire du Québec, avec l’hydroélectricité ou avec la filière des batteries aux ions de lithium à Bécancour, un leader mondial de l’« économie verte ».

C’est bien, mais il y a mieux. Le rôle du Québec ne doit pas se réduire à une logique marchande unidirectionnelle.

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D’où une autre question : la doctrine Gérin-Lajoie, pierre angulaire de notre politique internationale depuis 1965, a-t-elle encore cours ? On peut en douter, au vu du nationalisme dégriffé qui est devenu la marque de commerce du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) face à Ottawa. Voilà un gouvernement qui jappe fort, mais qui ne mord pas.

La mise en oeuvre de la doctrine, suivant laquelle les champs de compétence dont dispose le Québec dans la Constitution (en santé, en éducation, en agriculture, en environnement, etc.) s’appliquent par extension à ses relations internationales, s’est effilochée avec le temps, sous les coups de boutoir du Canada anglais et de ses médias qui n’ont jamais accepté que le Québec ait sa voix propre. Et qui ne l’accepteront jamais.

Il s’est placé en travers de leur route, dans les années 2000, l’ex-premier ministre Jean Charest (2003-2012), dont l’activisme international décomplexé en faveur du Québec fut notoire, au point même qu’il reçut les éloges des Bernard Landry et Jean-François Lisée. Rendons à César ce qui appartient à César.

Développement des liens avec la France et l’Europe, place du Québec à l’UNESCO, tenue du Sommet de la Francophonie à Québec en 2008, multiplication des liens multilatéraux et bilatéraux avec les États fédérés américains au moyen, notamment, de l’emblématique entente sur le climat avec la Californie… Charest aura cherché à élargir la portée de la doctrine Gérin-Lajoie dans les institutions et les forums internationaux.

En outre, le fier Legault pourrait, dans le contexte politique qui est le nôtre, prendre exemple sur ce fieffé fédéraliste. L’occasion est d’autant plus belle pour le Québec de s’affirmer à l’international que la politique étrangère du Canada est pour le moins indécise. S’agissant de la promotion du français, il nous faudrait entre autres raffermir nos liens avec l’Afrique et savoir profiter de la brèche ouverte par la perte d’influence de la France dans la Francophonie.

En attendant le Grand Soir, il serait utile que Québec solidaire, dont la plateforme promet de faire du Québec « un leader en solidarité internationale », et le Parti québécois, dont le programme propose « un Québec qui prend sa place dans le monde » l’indépendance venue, poussent la CAQ à plus d’ambition internationale. En ces matières comme en d’autres, et pour avoir si bien réussi à faire la preuve de la pertinence du projet souverainiste, « PSPP », s’il est élu dans Camille-Laurin, serait un atout précieux.

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