Ne jamais dire jamais

Des observateurs avaient noté une certaine professionnalisation de Québec solidaire (QS). C’est une impression qui s’est renforcée depuis que l’un de ses deux porte-parole, Gabriel Nadeau-Dubois, semble mener la barque, prenant les allures d’un véritable chef de parti. Mais voilà que la dernière incursion de QS dans les arcanes de la fiscalité a montré que la formation de gauche a encore des croûtes à manger avant de sortir de l’amateurisme.

Québec solidaire a promis de faire payer les « ultrariches » avec un impôt annuel de 1000 $ par million pour les contribuables dont l’actif net dépasse le million, un taux qui grimpe à partir d’actif de 10 millions. À cela s’ajoute un impôt sur les successions de 35 %, après l’exonération pour le premier million.

Au sortir d’une rencontre avec les dirigeants de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Gabriel Nadeau-Dubois a procédé à une spectaculaire et manifestement douloureuse volte-face en exemptant les agriculteurs de ces ponctions destinées aux multimillionnaires. La valeur nette des fermes au Québec est de 2 millions en moyenne, et de 6 millions pour les plus grandes d’entre elles, et on conviendra que la plupart des agriculteurs ne roulent pas sur l’or.

C’est un peu la même chose avec le quidam qui, avec son actif de 1 million, se retrouverait parmi les richards que QS veut faire casquer. Une maison libre d’hypothèque et un fonds de pension suffisent pour dépasser le seuil d’exonération. Gageons que bien des simples députés pourront un jour ou l’autre porter cette étiquette d’ultrariches.

QS soutient que seulement 5 % des Québécois seront touchés. « Ce n’est pas un impôt sur les riches, c’est un impôt sur les ultrariches », affirme le parti dans son communiqué. Permettons-nous d’en douter.

Le diable est dans les détails, comme disent les Anglos. Et c’est particulièrement vrai en matière de fiscalité. C’est dommage, car QS, en dépit de sa maladresse, n’a pas tort de croire que notre système fiscal est imparfait et qu’il faut tenir compte non seulement des revenus des individus mais de leur patrimoine, comme l’a démontré Thomas Piketty. Sur les 37 pays de l’OCDE, 24 imposent les successions, mais c’est loin d’être la panacée. Au Québec, comme au Canada, ce sont les gains en capital qui sont imposés, mais pas en totalité, ce qui remplace en quelque sorte l’impôt sur la succession.

« On ne reculera pas », clame Gabriel Nadeau-Dubois. Il ne faut pourtant jamais dire jamais.

À voir en vidéo