Piqués au vif par les questions sur le troisième lien

Si l’on se fie à certains farouches partisans d’un troisième lien sous forme de tunnel séparant Québec et Lévis, l’affaire serait presque dans la poche. Deux coups de cuiller à pot, dossier réglé. Pour ces adeptes, l’acceptabilité sociale serait au rendez-vous, et les études viendraient cautionner la nécessité d’un tel projet, qui, toujours selon ces fervents, serait au service des plans les plus vigoureux de défense de l’environnement.

À quelques heures d’intervalle, le candidat de la Coalition avenir Québec (CAQ) Bernard Drainville et le chef du parti, François Legault, ont montré que ce sujet était chaud et qu’ils n’aimaient pas tellement être enquiquinés avec des questions insistantes.

« Lâchez-moi avec les GES ! » a dit Bernard Drainville avec excès la semaine dernière, après avoir précisé que le troisième lien version CAQ allait être emprunté par de plus en plus de véhicules électriques. « Il faut que les gens de Montréal arrêtent de regarder de haut les gens de Québec puis de Lévis ! » a lâché M. Legault dimanche, alors qu’il répondait aux questions de la cheffe d’antenne Céline Galipeau lors de l’émission Cinq chefs, une élection, sur les ondes de Radio-Canada.

Piqués au vif, Messieurs ? Cette question cruciale a pourtant tous les attributs d’un sujet de débat national, qu’on se le dise. Comme d’autres l’ont évoqué avec justesse, d’abord parce qu’il s’agit d’un projet d’infrastructure de grande envergure — de 6 à 10 milliards, au bas mot — ; puis parce que le projet s’inscrit dans un débat environnemental et doit être cohérent avec une vision globale de réduction des gaz à effet de serre, n’en déplaise à certains ; parce qu’il n’est en aucun cas le résultat d’un conflit Montréal-Québec, la preuve étant que les deux derniers maires de Québec ne le soutiennent pas ; et enfin parce qu’il doit susciter l’adhésion de la population et reposer sur des données probantes.

À ce sujet, quelques précisions utiles : un sondage Segma–Le Soleil–FM93 diffusé mardi nous apprend que 60 % des répondants de la grande région de Québec sont pour un troisième lien, mais que de ce nombre, la moitié juge que le projet est trop coûteux. C’est bien la preuve que des questions peuvent encore être posées sans qu’on prenne la mouche.

Quant aux fameuses « études » qui doivent nous permettre de comprendre sur quelles données probantes repose la nécessité de ce troisième lien, on doit les mettre à jour, selon M. Legault, entre autres en raison du télétravail, qui aurait peut-être changé la donne. Quel fabuleux contre-argument, qui vise directement la pertinence du projet et qui soulève… de nouvelles questions.

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