Pas de nouvelles, bonnes nouvelles?

Il manque encore 200 enseignants dans les classes au primaire et au secondaire. L’état de délabrement de nos écoles continue de nourrir la manchette, avec en prime un questionnement lancinant sur la qualité des systèmes de ventilation. Et la réussite scolaire ? Parlons-en peu, parlons-en bien : occulter les problèmes semble la stratégie officielle, en cela bien soutenue par le fait qu’on ne dispose d’aucune donnée officielle crédible pour mesurer les effets de la pandémie sur la réussite de nos enfants.

Le Québec pourrait-il être l’anomalie sur la planète, l’oasis où de longs mois d’enseignement à distance et d’interruptions de services scolaires n’auraient eu aucun effet sur les apprentissages en français et en mathématiques ? Il est permis d’en douter, quoi qu’en disent les communications officielles, teintées d’espoir et d’optimisme. Un tout récent son de cloche en provenance des États-Unis devrait nous alerter et nous pousser à exiger que soit creusée en urgence cette question cruciale pour l’avenir des élèves, et du Québec.

Les résultats dévoilés jeudi par le National Assessment of Educational Progress, un organe fédéral de référence en matière d’évaluation des savoirs et apprentissages des élèves américains, démontrent un recul dévastateur en lecture et mathématiques résultant du mode d’enseignement pendant la pandémie. En moyenne, les enfants ont perdu 5 points en lecture par rapport aux résultats de 2020, et 7 points en mathématiques. Depuis l’implantation de cette évaluation annuelle et objective, dans les années 1970, il s’agit du premier déclin en maths jamais remarqué. En lecture, la dernière chute remonte aux années 1990.

Comme on le soupçonnait, les effets néfastes ont été pires encore chez la clientèle vulnérable : sur les 14 800 élèves de 9 ans testés à travers les États-Unis, on a ainsi noté une chute de 12 points chez les plus fragiles. Les experts calculent qu’une baisse d’un point équivaut à 3 semaines de rattrapage à effectuer en classe ; 12 points de recul signifieraient donc 9 mois à récupérer, un gouffre immense. Des progrès effacés, des inégalités exacerbées : pourquoi donc le Québec échapperait-il à ce diagnostic ?

Lors de la rentrée cette année, les cégeps ont noté une baisse de fréquentation, là où la démographie aurait dû pourtant annoncer une hausse. Entre autres éléments qui expliquent ce déclin, la trop faible réussite des étudiants au secondaire est soulignée. Voilà un signal qui ne ment pas et qui devrait alerter les futurs aspirants à la gouvernance du Québec pour qui l’éducation est une priorité.

À voir en vidéo