Oups madame!

En trébuchant dimanche sur un maladroit « cette madame », le chef de la Coalition avenir Québec a donné le véritable coup d’envoi à la campagne électorale. Quelques petites heures, et la joute était lancée : des chefs de parti qui s’apostrophent et déterrent d’anciens propos, des médias relayant la bourde et collectionnant les réactions, des réseaux sociaux qui s’emballent, des opinions qui se polarisent. Ce fut un démarrage canon.

François Legault avait lancé sa propre campagne en matinée en admettant, bon prince, qu’il savait reconnaître ses erreurs. Cela correspond totalement à la vérité, et cette humilité l’a servi, comme en font foi les sondages. Il ne se doutait pas que, quelques heures plus tard, il s’auto-pelure-de-bananiserait en direct, et qu’en évitant de nommer la cheffe du Parti libéral pour ne pas personnaliser les échanges, il allait s’embourber dans un « cette madame » aux tonalités condescendantes.

M. Legault réagissait à une pointe matinale de Dominique Anglade. Celle-ci l’avait-elle piqué au vif en lui demandant s’il maintenait toujours son idée que la pénurie de main-d’oeuvre au Québec pouvait s’apparenter à une « “mosus” de bonne nouvelle » ? « Comment cette madame peut-elle dire que l’économie du Québec ne va pas bien ? » a-t-il laissé tomber en cours de riposte.

Certains avanceront qu’il s’agit d’une tempête dans un verre d’eau, d’un fait anecdotique bien peu représentatif de l’ensemble et passant strictement à côté des « vrais » enjeux de la campagne. Ils n’auraient pas entièrement tort, car cette gaffe sera vite chose du passé — à moins qu’elle ne soit emportée par une autre ! Cela ne veut pas dire pour autant qu’on peut écarter ce genre de gaucherie sans en retenir un je-ne-sais-quoi de subjectif, qui renseigne sur un trait de caractère, un état d’esprit, voire une nature profonde. Ici, un brin de paternalisme ? L’arrogance du meneur de course ? Une dose d’impertinence mal dirigée vers la gent féminine ? Chacun en retiendra ce qu’il veut bien.

En plongeant dans un marathon de 36 jours, les candidats s’exposent à être sous les projecteurs, dans tout ce qu’ils et elles ont de plus pertinent et de visionnaire à offrir aux électeurs, mais en dévoilant aussi au grand jour leurs travers, contradictions et imperfections. Les règles du jeu sont claires : tout y passe, du meilleur au moins flamboyant. C’est à cet ensemble complexe mais fascinant, fait de matière objective mais aussi d’un tissu relevant plutôt de l’émotion, que les électeurs s’en remettront le jour du vote.



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