Soutenir un allié précieux

D’une durée de trois jours, ce qui est tout à fait exceptionnel, la visite du chancelier Olaf Scholz au Canada devait avant tout l’aider à calmer le jeu en Allemagne où son gouvernement, en raison de l’invasion de l’Ukraine par la Russie et de la chute des approvisionnements en gaz, éprouve d’énormes difficultés.

Le voyage devait contribuer à donner espoir aux Allemands en présentant le Canada comme un partenaire énergétique fiable et un grand fournisseur de ressources naturelles apte à remplacer la Russie, cet État renégat dont l’Allemagne est extrêmement dépendante. Olaf Scholz a lui-même établi un parallèle, décrivant le Canada comme un pays aussi riche en ressources naturelles que la Russie.

En mars 2021, donc bien avant l’invasion de l’Ukraine, le gouvernement Trudeau avait signé un partenariat énergétique avec l’Allemagne afin d’explorer les possibilités d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL). Il faut croire que ces possibilités ont été jugées bien modestes à court et moyen terme. Lors de la visite du chancelier, Justin Trudeau a signalé qu’« il n’y avait jamais eu de plan d’affaires viable jusqu’à maintenant ». Est-ce que le nouveau contexte qui pousse les Européens à chercher à se passer du gaz russe change la donne ? Le premier ministre ne s’est guère montré affirmatif.

Comme l’a souligné le ministre fédéral de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, le Canada ne dispose pas d’installations pour exporter du GNL dans l’est du Canada. Construire un tel complexe prendrait au moins trois ou quatre ans, et l’Allemagne n’attendra pas toutes ces années pour trouver des solutions à ses problèmes. En outre, les sources d’approvisionnement en gaz se situent dans l’Ouest canadien, bien loin de l’Europe.

L’autre enjeu, c’est que le gaz naturel canadien est essentiellement extrait par fracturation, ce qui, avec les procédés actuels, occasionne des fuites de méthane. Au net, il n’est pas assuré qu’il s’agit d’une énergie de remplacement moins génératrice d’émissions de gaz à effet de serre que le charbon dont le gouvernement allemand veut se passer. Grâce à des moyens techniques, l’industrie canadienne des hydrocarbures croit qu’elle peut éliminer ces émissions fugitives. Mais ça reste à démontrer.

D’ailleurs, l’Allemagne refuse d’exploiter le gaz de schiste que recèle son sous-sol et, jusqu’à tout récemment, levait le nez sur le GNL en provenance des États-Unis, à l’instar d’autres pays européens. Il faut croire que leurs points de vue ont changé puisque les exportations en Europe des installations de GNL de la côte-est américaine ont doublé depuis la guerre en Ukraine. Selon l’Agence internationale de l’énergie, le volume du gaz de schiste américain vendu en Europe dépasse aujourd’hui les approvisionnements en gaz russe, qui ont chuté de moitié.

Au terme de sa visite, le chancelier Scholz a dû se rabattre sur une entente pour produire de l’hydrogène vert grâce à l’électricité produite par des éoliennes à Terre-Neuve-et-Labrador. Il s’agit d’un projet expérimental qui nécessitera de lourds investissements et du temps avant que l’Allemagne puisse compter sur cet apport énergétique. L’hydrogène est considéré comme une source d’énergie dont l’usage sera limité — on pense à alimenter des avions, des navires et des camions lourds ainsi que des locomotives. L’Allemagne vient d’ailleurs d’inaugurer la première ligne ferroviaire fonctionnant à l’hydrogène.

Il faut reconnaître que l’entente ne contribue en rien à améliorer la situation énergétique des Allemands à court ou moyen terme.

Il y a lieu de se désoler de ce qui arrive à l’Allemagne, un pays qui poursuit une politique exemplaire de réduction des émissions de GES. Le gouvernement allemand projetait même de fermer ses centrales nucléaires qui, pourtant, n’en émettent pas. Mais ce plan ambitieux présentait un risque qui avait été sous-estimé : un état de dépendance envers la Russie. Jamais les dirigeants allemands — cette politique fut implantée par les prédécesseurs d’Olaf Scholz, dont Angela Merkel, sous l’impulsion des verts — n’ont pensé que la Russie mettrait à mal ses intérêts économiques à long terme en se servant du gaz comme arme.

Le gouvernement Trudeau doit trouver un moyen d’aider concrètement l’Allemagne à se sortir de la position délicate, voire désastreuse, dans laquelle elle se trouve. Après tout, la Russie constitue une menace non seulement pour l’Europe, mais aussi pour le Canada. Il ne faut pas oublier que nous partageons une frontière avec le pays de Poutine, en Arctique, et la Russie a des visées conflictuelles sur ce vaste territoire.

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