Déception au Vatican

Lors de sa récente visite en sol canadien, le pape François y est allé d’une déclaration lourde de sens. « Plus jamais ça », avait-il dit en demandant pardon à toutes les victimes d’agressions sexuelles commises par des membres de l’Église catholique. Trois semaines se sont écoulées depuis cette déclaration symbolique, et déjà, elle sonne creux.

Le cabinet d’avocats Arsenault Dufresne Wee déposait la semaine dernière de nouveaux documents dans son recours collectif au nom d’une centaine de victimes alléguées d’agressions sexuelles commises par des représentants du diocèse de Québec, depuis 1940. Un nom ressort de la liste, celui du cardinal Marc Ouellet, décrit comme un successeur potentiel au pape François. Ce cardinal conservateur influent est le préfet de la Congrégation pour les évêques, une fonction importante du gouvernement du Vatican. À ce titre, il évolue sous l’autorité directe du pape François.

Selon les allégations de la requête, non prouvées en cour, le cardinal Ouellet aurait embrassé et caressé contre son gré une agente de pastorale, identifiée par l’initiale « F ». Le cardinal Ouellet a nié « fermement » les « fausses accusations » qui lui sont reprochées, par voie de communiqué. S’estimant victime de propos diffamatoires, il a indiqué qu’il participerait à toute enquête civile pour rétablir sa réputation et son innocence.

Il faudra patienter avant que la vérité judiciaire soit établie dans cette affaire. S’il est une conclusion que nous pouvons tirer, elle porte sur la conduite décevante du Vatican.

Le pape François a refusé d’ouvrir une nouvelle enquête sur la conduite du cardinal Ouellet, faute de preuves suffisantes. À la suite d’une dénonciation de F., en 2021, le pape avait ordonné la tenue d’une première enquête, menée par le père Jacques Servais, un ami de Marc Ouellet.

F. affirme que le père Servais n’avait pas le recul et les compétences nécessaires pour enquêter sur son ami. Elle n’a jamais été informée des conclusions de l’enquête, ce qui est pour le moins étonnant. La démarche empeste le conflit d’intérêts. Elle est contraire à un décret papal préconisant l’impartialité dans les enquêtes.

Par deux fois, le pape François donne donc l’impression de protéger Marc Ouellet. Il a la raison divine et l’infaillibilité de son côté. Béni soit le ciel, car nous avons la justice des hommes. Laissons-la effectuer son travail, car nous ne pouvons espérer rien de plus du Vatican, sinon que des paroles et des actes symboliques de contrition.

À voir en vidéo