L'inceste publicitaire

Le plus récent épisode de la guerre à finir que se livrent les grands conglomérats pour le contrôle des médias vient d'opposer le géant Bell, propriétaire de Bell GlobeMedia (ExpressVu, Globe and Mail, CTV, RDS, TSN, Sympatico, etc.) à Quebecor, propriétaire de Quebecor Media (Vidéotron, Sun Media, Journal de Montréal, TVA, LCN, Canoë, etc.). En guise de représailles à la vente par Bell ExpressVu de décodeurs pouvant servir plusieurs téléviseurs au prix d'un seul branchement, Quebecor a répliqué en coupant de moitié les redevances versées par Vidéotron aux canaux spécialisés de Bell. Frustré, Bell a retiré toute sa publicité de toutes les entreprises média de Quebecor. Quelle belle illustration des effets pervers de la concentration!

Depuis qu'Ottawa et le CRTC ont déréglementé cette industrie, permettant l'acquisition simultanée de journaux, de réseaux de télévision et d'entreprises de distribution (câble, satellite, Internet), les prix ont augmenté, la programmation se ressemble de plus en plus et l'information-divertissement est devenue la norme de l'industrie. Même notre vénérable société d'État, Radio-Canada, financée par les fonds publics, a pris le train réductionniste de la "convergence" en s'associant de façon incestueuse aux quotidiens de Paul Desmarais dans le but de concurrencer Quebecor, propriétaire de TVA et d'une batterie de journaux populaires qui font la promotion des intérêts du groupe.

À cause de ces alliances dites stratégiques, nous voilà désormais forcés d'endurer quotidiennement la promotion d'émissions et de vedettes de la télé dans les pages des journaux appartenant au même groupe ou, pire, les commentaires improvisés de journalistes de la presse écrite devenus chroniqueurs de radio ou de télévision, spécialistes de tout et de rien. Tous ces chassés-croisés ne visent qu'une chose: faire la promotion des produits du groupe sur le plus grand nombre possible de "supports médiatiques". Une pratique rentable à court terme mais qui nuira à la spécificité des produits de chacun à plus long terme.

De même pour la publicité que les conglomérats financiers réservent de plus en plus souvent aux seuls journaux, stations de radio et réseaux de télévision qui leur appartiennent, une stratégie de réduction de la concurrence au détriment des consommateurs.

Des pratiques comme celles-là devraient attirer l'attention des gouvernements, auxquels il revient de protéger les consommateurs par des règles de concurrence claires et d'assurer la plus grande diversité possible des lieux d'expression et d'information, gage de liberté en société démocratique.