Promesses prématurées

Le Parti libéral du Québec (PLQ) a été rapide sur la gâchette, dévoilant sa plateforme électorale à plus de trois mois et demi de la date du scrutin. C’est là une des caractéristiques des élections à date fixe, la précampagne commence tôt.

Un élément majeur des engagements libéraux porte sur des mesures visant à diminuer les impacts de la hausse du coût de la vie. Cette pression financière sur la classe moyenne et les moins bien nantis sera certainement un thème dominant de la prochaine campagne électorale.

Le PLQ propose des mesures ponctuelles, comme de geler les tarifs d’électricité tout en cessant d’y joindre la taxe de vente du Québec (TVQ). On peut certes exprimer des réserves à l’égard de cet engagement qui, veut veut pas, bénéficiera davantage aux propriétaires de grosses maisons et aux grands consommateurs d’électricité plutôt qu’aux locataires occupant de petits appartements.

Faisant un de ses derniers tours de piste avant de quitter la politique, le critique libéral et ancien ministre des Finances Carlos Leitão a aussi invité le gouvernement Legault à offrir au plus vite une aide « ciblée » aux ménages les plus touchés par la hausse du coût de la vie au lieu d’attendre à l’automne, après les élections.

Jusqu’ici, le gouvernement caquiste y est allé d’aides ponctuelles, d’abord en novembre dernier pour les personnes âgées et celles qui touchent le crédit d’impôt de solidarité, puis, ce printemps, avec une remise de 500 $ à tous les Québécois qui gagnent 100 000 $ ou moins. Ce versement a coûté 3,6 milliards au Trésor, mais on peut considérer que le ministre des Finances, Eric Girard, n’a fait que remettre à la population les sommes additionnelles que la poussée inflationniste a apportées dans les coffres de l’État, l’inflation dopant les revenus nominaux du gouvernement.

Au-delà des mesures ponctuelles, le PLQ propose de réduire l’impôt sur le revenu des particuliers, privant le gouvernement de 2 milliards de façon récurrente. Quand on baisse les impôts, il n’y a pas de revenez-y, du moins à moyen terme. Le Parti conservateur du Québec (PCQ) promet également d’importantes baisses d’impôt, ce qui correspond à son credo favorisant la réduction de la taille de l’État et de sa capacité d’intervention.

Cette semaine, comme s’il ne voulait pas être en reste, François Legault a ouvert la porte à des baisses d’impôt, en plus du chèque qu’il promet pour décembre afin de couvrir une partie de l’inflation. Tant le PLQ que le PCQ ne prétendent pas à prendre le pouvoir ; aussi, il est de bonne guerre pour eux de promettre mer et monde puisqu’ils n’ont pas à se soucier des conséquences. Pour la Coalition avenir Québec, c’est bien différent, puisqu’une fois au pouvoir, le parti se targue de respecter ses engagements.

Le moment n’est pas particulièrement bien choisi pour s’engager à priver l’État de revenus de façon permanente. En ces temps incertains, il est difficile de prévoir de quoi l’avenir sera fait. François Legault et Eric Girard soufflent tour à tour le chaud et le froid : le premier évoque les incertitudes économiques et le deuxième a tendance à se faire rassurant. Les risques de récession sont maintenant de 35 %, selon le ministre des Finances. Mais même si on parvient à l’éviter, la force des hausses des taux d’intérêt ne manquera pas de ralentir l’économie.

Or de grands chantiers s’annoncent : réforme en profondeur d’un système de santé dont les coûts grimperont en raison du vieillissement accéléré de la population, maintien des dépenses en éducation, investissements pour rénover ou remplacer les écoles délabrées ainsi que les hôpitaux et les CHSLD vétustes, investissements massifs dans le transport collectif. Faire miroiter des baisses d’impôt alors qu’il faut soutenir une hausse essentielle des dépenses publiques n’apparaît pas particulièrement responsable.

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