Faiblesse autonomiste

La classe politique à Québec a beaucoup parlé de souverainisme et de son pendant, le fédéralisme, au cours de la dernière quinzaine. L’arrivée de deux souverainistes pas tant repentis qu’autocensurés que sont Caroline St-Hilaire et Bernard Drainville a certes ravivé l’intérêt pour cette familière dichotomie, mais il faut dire que François Legault avait en quelque sorte préparé le terrain au congrès de la Coalition avenir Québec (CAQ) avec sa sortie sur la survie de la nation québécoise et la perspective d’un destin louisianais.

L’irruption de Bernard Drainville a permis au député libéral Marc Tanguay de brandir à l’Assemblée nationale, une fois encore, le spectre de ce référendum « caché parce qu’il fait peur », tandis qu’on apprenait que l’élu, alors jeune bloquiste, militait pour le Oui en 1995. Étourderie de jeunesse, sans doute.

Ce qui prouverait pour Simon Jolin-Barrette, qui a fait ses choux gras de ces vestes qu’on retourne, que seuls les imbéciles ne changent pas d’idée. Qu’un fervent fédéraliste comme Marc Tanguay ait pu un jour se poser en fringant souverainiste relativise le fait que les fortes convictions indépendantistes d’un Bernard Drainville puissent se volatiliser pour se perdre dans les relents du pouvoir.

François Legault l’a répété : la CAQ est une coalition où se retrouvent des fédéralistes et des souverainistes et qui prône un nationalisme « à l’intérieur du Canada ». Il y a dix ans, au début de cette coalition, il était apparu clair que, si les fédéralistes pouvaient en son sein exprimer sans ambages leur amour pour les Rocheuses, les souverainistes devaient, eux, laisser leurs convictions au vestiaire ou, pire, faire semblant qu’elles n’existaient plus. Il faut dire que les premiers se satisfont du statu quo alors que les seconds aspirent à changer l’ordre des choses. Ne rien faire ne demande ni d’effort ni de don particulier.

Et puis, il y a plusieurs élus caquistes qui ne sont ni l’un ni l’autre. « Je ne suis pas fédéraliste. Je ne suis pas souverainiste. Je suis résolument nationaliste », a affirmé jeudi à l’Assemblée nationale la ministre responsable des Relations canadiennes, Sonia LeBel, décrivant ainsi une sorte de degré zéro de la politique. Au Québec, tout le monde se dit nationaliste. Même Philippe Couillard, communautariste bon teint, se disait nationaliste. Même des membres de Québec solidaire qui, jadis, entonnaient L’Internationale, se disent nationalistes. Tout le monde est malheureux, chante Vigneault. En fait, tout le monde est nationaliste. S’affirmer tel ne veut pas dire grand-chose.

À la CAQ, on soutient que l’opposition entre fédéralisme et souverainisme est révolue. À cet égard, Bernard Drainville n’a pas mâché ses mots : un « cul-de-sac », un « vieux débat » qui est « dépassé ». En un sens, il est toutefois étonnant que les caquistes s’empressent d’enterrer l’option souverainiste, et pour de bon. Historiquement, depuis les années 1960, les gouvernements québécois ont pu compter sur l’existence d’un mouvement indépendantiste, sur une volonté populaire d’émancipation, pour réclamer des pouvoirs à Ottawa et « faire des gains », pour reprendre l’expression caquiste. Robert Bourassa insistait sur cette « société distincte, libre et capable d’assumer son destin et son développement ».

Au congrès caquiste, réclamant plus de pouvoirs en immigration, François Legault demandait un mandat fort de la population pour bâtir un rapport de force. Avec une population qu’il semble pourtant juger oublieuse, satisfaite, docile, édentée. Comme si la question nationale était réglée, comme si le fédéralisme ne continuait pas à évoluer dans un sens contraire aux intérêts de la nation. Finalement, c’est peut-être la suggestion de Bernard Drainville que le chef caquiste entend suivre, celle de se contenter de « l’autonomie qu’on a ».

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