S'ouvrir au monde

Il y a quatre ans, on se demandait ce que serait le nouveau siècle qui s'ouvrait. Aujourd'hui, on le sait. Le XXIe siècle, du moins sa première partie, sera celui de l'internationalisation et de la mondialisation. Les conflits au Moyen-Orient, tout comme la récente fermeture sans préavis de cinq usines de textile à Huntingdon, nous rappellent qu'il s'agit là, pour le Canada et le Québec, d'un immense défi d'adaptation.

Audace et timidité sont les mots qui décrivent le mieux ce qu'a été, ces dernières années, notre attitude en matière de volonté de s'ouvrir au reste du monde. Du côté de l'audace, il y a bien sûr le pari fait — et remporté — du libre-échange avec les partenaires américain et mexicain. Du côté de la timidité, il y a ce réflexe de repli protectionniste qui refait surface chaque fois que nous ressentons les effets négatifs de la mondialisation.

Rien de plus normal, dira-t-on à propos de cette ambiguïté qui n'épargne personne, aussi bien les simples citoyens que les politiciens. Elle imprègne aussi la plupart de nos politiques car notre timidité a généralement pesé plus lourd que notre audace. Mais les choses changent. Les questions internationales, de plus en plus, font partie de notre quotidien, à tel point qu'il devient urgent de revoir nos politiques. L'année 2005 devrait nous en fournir l'occasion puisque nos gouvernements, tant à Ottawa qu'à Québec, sont à revoir en profondeur leurs politiques extérieures.

Ayant grandi dans l'ombre et sous l'influence d'abord de l'empire britannique, puis, maintenant, du voisin américain, le Canada aura d'abord cherché à se donner une personnalité internationale. Puissance intermédiaire, il a misé sur le multilatéralisme pour se faire valoir. Il est toujours partant pour envoyer des Casques bleus. Jouer les rôles de pacificateur et d'observateur, qu'il s'agisse de l'Afghanistan, d'Haïti ou de l'Ukraine, lui convient tout à fait.

Une telle attitude relève parfois du complexe d'infériorité qui, s'il peut s'expliquer, n'est pas toujours justifié. Invité à commenter la place du Canada sur la scène internationale, un diplomate britannique en poste au Canada soulignait au cours d'un entretien au Devoir que les Canadiens sous-estiment trop souvent l'influence de leur pays et, de là, craignent de s'affirmer.

L'observation est juste. Mais cette attitude se comprend mieux lorsqu'on sait que le Canada ne s'est jamais donné les moyens de réaliser ses ambitions. Équiper convenablement l'armée canadienne pour qu'elle puisse intervenir davantage à l'étranger a toujours coûté trop cher. Tout comme l'aide internationale, que nous avons réduite au cours de la dernière décennie. Dans les cercles internationaux, le Canada a la réputation d'être toujours prompt à participer à de grandes conférences mais de l'être beaucoup moins lorsqu'il s'agit de sortir son portefeuille.

Le Canada ne peut plus se contenter du rôle d'observateur. Il doit devenir un acteur, ne pas craindre de s'engager. L'opinion publique est prête à appuyer le gouvernement canadien lorsqu'il ose s'affirmer, comme il l'a fait il y a deux ans à propos de la participation à la guerre en Irak. Les Canadiens sont mûrs pour un débat de fond sur la politique étrangère.

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On ne sait pas encore quelles seront les grandes orientations de la politique qu'entend soumettre au Parlement le gouvernement Martin au cours de 2005. Beaucoup de comités ont siégé. Les choix ne sont pas tous faits. Certains seront difficiles et, lorsqu'ils seront soumis au débat public, ils soulèveront des passions. Qu'il s'agisse des agriculteurs ou des employés du secteur du textile, plus personne n'ignore que ces travailleurs seront affectés par le résultat des discussions commerciales auxquelles le Canada participe.

Un des enjeux clés de ce débat sera, cela va de soi, la relation qu'entend entretenir le Canada avec les États-Unis. Celle-ci est à ce point importante, aussi bien sur le plan commercial que sur le plan politique, qu'elle pourrait occulter tout le reste. Depuis le déclenchement de la guerre en Irak, l'opposition aux politiques de George W. Bush sont à ce point marquées, notamment au Québec, qu'on peut déjà prévoir un fort mouvement pour que le Canada se distance encore plus de l'allié américain qu'il ne l'a fait depuis deux ans. Le sujet est complexe et appellera une réponse nuancée.

Le Canada, s'il ne peut pas se distancer de son voisin autant qu'il le voudrait, peut néanmoins trouver maintes façons de se distinguer. L'espace où il peut agir ne manque pas, à commencer par les Amériques. La Zone de libre-échange des Amériques est un projet qui reste à achever. Le Canada peut être un acteur important dans l'édification d'une communauté des Amériques qui aille au delà des simples intérêts commerciaux. De la même façon, aucun pays n'est mieux placé que le Canada pour contribuer à rapprocher l'Amérique de l'Europe. Avec le déclenchement de la guerre en Irak, le lien atlantique est devenu la faille atlantique.

Les chantiers où le Canada peut s'engager ne manquent pas. Il s'agit à ce moment-ci de faire des choix et, surtout, de se donner des moyens conséquents.

bdescoteaux@ledevoir.ca

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Meilleurs voeux

Aujourd'hui, 31 décembre, se termine une année qui a été riche en débats de toutes sortes. Ce fut une année de changements, marquée notamment par l'élection d'un gouvernement minoritaire à Ottawa et la réélection du président George W. Bush aux États-Unis. Au Québec, le gouvernement Charest a maintenu les grands axes de son programme politique. Tout cela a nourri nos réflexions, auxquelles vous, lecteurs, avez contribué. Vos textes d'analyse et de commentaires pour la page Idées, tout comme vos lettres au courrier des lecteurs, ont enrichi nos pages. En cette fin d'année, il vaut la peine de vous dire merci. Ce lien est important pour tous les artisans de ce journal.

Cette année se termine bien pour Le Devoir. Vous avez été plus nombreux, cette année encore, à être fidèles à notre rendez-vous quotidien. Grâce à votre appui, grâce aussi à celui de nos annonceurs, nous terminons 2004 sur une note positive. À vous tous, comme à tous les artisans de ce journal et à tous nos partenaires, je vous offre mes voeux les plus sincères pour la nouvelle année. Qu'elle soit pour chacun et pour l'ensemble des Québécois une année de progrès.

Bernard Descôteaux