Ce qui nous attend

Nombre de Québécois ont appris un nouveau mot : derecho. C’est un phénomène météorologique caractérisé par une ligne d’orages violents se déplaçant très rapidement. C’est ce qui s’est abattu sur plusieurs régions du Québec, entraînant la mort d’au moins une personne ainsi que de lourds dommages matériels et privant d’électricité 550 000 foyers surtout dans les Laurentides, Lanaudière et l’Outaouais.

C’est un phénomène très rare au Québec : le précédent épisode est survenu en 1999. On ne peut associer cette tempête en particulier, de façon irréfutable, aux changements climatiques. Mais ce que les climatologues et autres scientifiques prédisent, notamment le consortium Ouranos, c’est que la fréquence des événements météorologiques extrêmes comme les derechos ou les tornades ira en augmentant au cours des prochaines années au Québec.

Rendu public en avril, le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) insistait à nouveau sur l’importance qu’on limite à 1,5 °C, d’ici 2030, la hausse des températures depuis l’ère préindustrielle, un objectif dont l’atteinte est possible, soulignait le rapport, mais qui apparaît de moins en moins probable.

Or, cette augmentation de 1,5 °C est une moyenne mondiale. Ouranos signale qu’au Québec, on peut s’attendre au double de ce chiffre. Déjà, les températures sur le territoire québécois ont franchi ce seuil. Alors que les moyennes mondiales doivent progresser de 1,5 °C à 2 °C dans le meilleur des cas, on se dirige allègrement vers une augmentation se situant entre 3 °C et 4 °C au Québec.

D’aucuns considèrent le réchauffement climatique comme une évolution positive dans une contrée nordique comme la nôtre : un printemps hâtif, un été plus long, un hiver tardif, des rendements agricoles accrus. Mais c’est sans compter divers bouleversements qui causeront leur lot d’inconvénients. Les orages violents des derniers jours donnent un aperçu de ce qui nous attend.

C’est inévitable : les changements climatiques nécessiteront une coûteuse adaptation. Fin avril, le ministre provincial de l’Environnement, Benoit Charette, a augmenté de 14 % l’enveloppe consacrée à l’adaptation aux changements climatiques dans son plan de mise en œuvre révisé 2022-2027. Pour cette période de cinq ans, cette somme est portée à 437 millions, une petite part cependant du Plan pour une économie verte 2030, dont l’enveloppe atteint 7,6 milliards.

À la décharge du gouvernement caquiste, s’ajoutent à cette somme 479 millions pour renforcer la protection du territoire contre les inondations. Sanctionnée l’an dernier, la Loi instaurant un nouveau régime d’aménagement dans les zones inondables vient encadrer ces mesures. On veut éviter les coûts associés aux grandes inondations de 2017 et de 2019, dont on disait erronément qu’il s’agissait d’événements ne survenant qu’une ou deux fois par siècle. On procède à l’heure actuelle à une révision en profondeur de la cartographie des zones inondables.

Car les conséquences du réchauffement dépassent largement les événements comme les derechos et les tornades. De fortes crues printanières s’observent beaucoup plus souvent, tout comme l’érosion des berges et la submersion côtière. Dans le sud du Québec, des épisodes de sécheresse ont cours tandis que dans le Grand Nord, la fonte du pergélisol s’accélère.

Ces premiers efforts sont louables, mais les sommes qu’on leur consent ne seront pas suffisantes. Selon une étude réalisée en 2019 par le Groupe AGÉCO pour le compte de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), à laquelle a participé Ouranos, les coûts liés à l’adaptation aux changements climatiques pourraient, dans un horizon de cinq ans, s’élever à 2 milliards pour les dix plus grandes villes du Québec et à 4 milliards pour l’ensemble des municipalités. L’étude a évalué les investissements nécessaires visant l’approvisionnement en eau potable et la gestion des prises d’eau, l’augmentation de la capacité des systèmes d’égout et de traitement des eaux et le verdissement des infrastructures pour réduire l’importance des îlots de chaleur. L’UMQ concluait que toutes les municipalités, peu importe leur taille, devaient s’adapter, mais qu’elles ne disposaient pas des ressources financières nécessaires pour ce faire.

Des climatologues comme Alain Bourque, d’Ouranos, estiment que l’adaptation est le parent pauvre de la lutte contre les changements climatiques. L’essentiel des efforts vise en effet à réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de « stabiliser le patient », pour ainsi dire. Or le réchauffement et ses répercussions, au Québec comme ailleurs, sont sans doute irréversibles. L’adaptation devient dès lors inéluctable. Elle sera d’autant plus douloureuse qu’elle sera improvisée ou carrément négligée.

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