Au chevet des omnis

Cela fait des années qu’on se désole de voir la médecine de famille boudée. Personne n’est tombé en bas de sa chaise en apprenant que 65 postes de résidence en médecine familiale sont demeurés vacants au deuxième tour. La surprise a été plus grande quand Le Devoir a dévoilé que plusieurs nouveaux diplômés en médecine familiale ont levé le nez sur les postes qui leur sont destinés. Pas moins de 35 places en périphérie de Montréal ont été laissées en rade. Voilà qui devrait inquiéter le ministre de la Santé, alors qu’il s’attaque à la « refondation » du système de santé.

Pierre angulaire de la première ligne, dans laquelle le ministre Christian Dubé a concentré la plupart de ses œufs, la médecine familiale a mal à sa profession. Et ce n’est pas que l’apanage de la jeune génération. Des médecins d’expérience crient aussi au secours. Dans ces pages, la Dre Pascale Breault concluait que la médecine familiale de « bureau », la plus gratifiante mais la plus difficile, à son avis, était rendue si lourde à pratiquer au Québec qu’elle en était devenue une « médecine de bourreau ».

La pression mise sur les épaules des omnipraticiens par le gouvernement Legault n’est pas étrangère à cet état d’esprit. Affichant quelque 990 000 patients inscrits au guichet d’accès à un médecin de famille, Québec a raison de s’impatienter et de défendre hardiment son projet de loi 11 visant à augmenter l’offre de services de première ligne même s’il indispose les omnipraticiens.

Adepte de la carotte plus que du bâton, Christian Dubé a fait le bon choix en misant sur une amélioration des conditions de pratique grâce à une réorganisation axée sur l’interdisciplinarité. Il fait toutefois l’impasse sur un facteur clé : l’envie même de donner une chance à ce système rendu rigide et exsangue à force de réformes bâclées. Si de plus en plus de nouveaux médecins se braquent contre les plans régionaux d’effectifs médicaux dont leurs postes dépendent (et les activités médicales particulières qui y sont assorties), c’est qu’ils ont trouvé mieux ailleurs : au privé, en Ontario ou en dépannage en région éloignée.

Or, quand médecins futurs et présents s’inquiètent à l’unisson de l’avenir de cette profession, on se dit que la maladie chronique qui mine la prise en charge des patients au Québec pourrait devenir terminale. Reste un traitement choc : rendre à la médecine familiale sa flexibilité d’antan. Cela sans céder ne serait-ce qu’un pouce à la primauté des besoins des patients. Ils attendent depuis déjà trop longtemps.

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