Tas de bêtises

Que les humains peuvent être bêtes, et les systèmes encore plus! Pendant trois jours, une petite Rafaëlle (nom fictif) de Rimouski s'est retrouvée seule en classe à se demander où étaient passés ses amis. Pourquoi? Parce que tous les parents de la classe régulière où elle était intégrée ont eu peur de cette gamine de sept ans, atteinte de trisomie.

Pour le manifester, ils ont décidé de garder leurs rejetons à la maison, sans qu'un seul d'entre eux ait imaginé l'effet sur la petite (peinée), sur ses parents (défaits) ou sur leur propre progéniture. Car comment, dans une tête d'enfant, peut-on être ami avec quelqu'un pour qui papa et maman sortent les grands moyens afin de démontrer qu'elle dérange!

Les parents peuvent faire valoir, à juste titre, qu'ils ont été pris dans une succession d'événements malheureux qui tirent leur origine de l'insouciance de leur commission scolaire — exemple de bêtise institutionnelle.

La commission scolaire des Phares est loin d'être un modèle d'intégration. Au Québec, on comptait l'an dernier 342 enfants atteints de déficience intellectuelle moyenne à sévère intégrés dans des classes régulières au primaire. À Rimouski, ils n'atteignent pas les doigts d'une main parce que la commission scolaire ne croit pas à cette approche, comme le fait voir une récente décision du Tribunal des droits de la personne, où les faits permettent de comparer leurs services avec ceux offerts par la commission scolaire de Kamouraska-Rivière-du-Loup.

Autant dire que l'intégration de Rafaëlle se fera de façon sauvage. Elle qui a fréquenté une maternelle régulière de son quartier doit d'abord, pour des raisons administratives, changer d'établissement pour entreprendre sa première année. Elle arrive au début d'octobre, alors que l'année scolaire est déjà commencée. Sa professeure n'est pas formée pour la recevoir, les autres parents sont à peine avisés et il n'y a pas de services de soutien. C'est le passeport pour tous les problèmes.

De fait, la professeure craquera au bout de quatre jours. Sa remplaçante semble s'adapter — elle a même un diplôme en éducation spécialisée — mais, liste d'ancienneté oblige (ici, la bêtise syndicale entre en jeu), elle est tassée par une autre enseignante pas trop enthousiaste qui se rendra à Noël, mais pas plus loin.

Les parents s'inquiètent devant ce défilé de profs, en concluent qu'il faut retirer Rafaëlle de la classe, envient même l'aide spéciale à laquelle elle a finalement droit. Pour se faire entendre, ils se font stratèges et optent pour le boycottage. Après tout, l'avenir de leurs enfants (en première année!) est en jeu...

De cette histoire d'une tristesse infinie, que faut-il retenir? L'ignorance (l'intégration se pratique depuis 20 ans au Québec, et les écoliers qui ont côtoyé des trisomiques ont réussi leur primaire comme les autres!)? La logique corporatiste, qui peut aussi être parentale? Ou simplement l'absence d'une sensibilité qui se fait bien rare: l'empathie...