Enfants autochtones disparus: l’heure de vérité

À peine six mois d’application et la nouvelle loi 79, qui permet aux familles d’enfants autochtones disparus de faire la lumière sur les circonstances du décès de leur petit, a déjà prouvé son caractère essentiel : un premier rapport annuel déposé récemment fait état de 35 demandes de recherche concernant 55 enfants. Neuf certificats de décès ont été retrouvés à ce jour, permettant à autant de familles élargies de lever un mystère de plusieurs décennies.

La lecture de ce rapport, qui suit l’entrée en vigueur de la Loi autorisant la communication de renseignements personnels aux familles d’enfants autochtones disparus ou décédés à la suite d’une admission en établissement (loi 79), force à nouveau un plongeon dans les horreurs de notre passé colonial.

Entre 1950 et 1980, au Québec, des enfants autochtones malades ont été évacués de leur communauté à destination d’établissements de santé pour y être soignés. Ils partaient seuls et ne revenaient parfois pas. Les familles recevaient la nouvelle du décès de leur petit sans explication, ni certificat, ni petit corps à enterrer ; d’autres ont carrément perdu toute trace de leur enfant.

La loi 79 vient précisément permettre à ces proches restés sans réponse pendant des décennies de faire des recherches, d’ouvrir les archives médicales et religieuses (démarches jusque-là restées vaines et que le levier de la loi permet d’animer), afin de comprendre de quoi leur enfant est mort — et parfois même s’il est véritablement décédé. Voilà une autre quête de vérité nécessaire.

La journaliste d’enquête Anne Panasuk a joué le rôle de conseillère spéciale pour le soutien aux familles lors des premiers temps de cette opération qui prend racine dans l’écoute et la disponibilité pour les familles éplorées. « Les familles ont le droit de savoir ce qui est arrivé à leurs enfants dont elles ont perdu la trace après une évacuation médicale », écrit Mme Panasuk en préambule du rapport. « C’est une première démarche de respect pour apporter la paix aux familles et que la nouvelle Loi permet de faire. »

Il a donc fallu des dispositifs législatifs pour que des parents et des familles, brisés par la perte d’un enfant et l’absence totale d’explications, puissent espérer avoir des réponses. Dans le tristement célèbre dossier des pensionnats pour Autochtones, la réparation passera aussi par l’ouverture des archives. L’heure de vérité doit enfin sonner.

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