Bombardier, la suite

Le congédiement de Paul Tellier de son poste de chef de la direction augure mal pour l'avenir immédiat de Bombardier. Alors que les deux gouvernements n'ont toujours pas annoncé leur décision de soutenir financièrement le développement d'une nouvelle classe d'avions de 100 à 130 places, les actionnaires de contrôle de la société, Laurent Beaudoin en tête, ont jugé que M. Tellier n'était plus l'homme de la situation.

Embauché il y a deux ans seulement pour mettre de l'ordre dans les affaires de la compagnie victime d'une croissance trop rapide et d'une gestion comptable pour le moins opaque, Paul Tellier s'était donné trois ans pour redresser les comptes. Mais beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis (hausse du dollar, difficultés persistantes dans le monde du transport aérien, etc.), de sorte que malgré le recentrage des activités autour des volets aéronautique et transport sur rail, malgré la vente d'actifs et les licenciements massifs, il n'y a toujours pas de lumière à l'horizon.

Au dernier trimestre, la compagnie a enregistré des profits de 10 millions seulement pour des ventes de plus de 3,6 milliards. La baisse continue de valeur de l'action et le reclassement des titres de dette au rang d'obligations de pacotille sont venus renforcer les craintes de ceux qui commençaient à douter du plan de Paul Tellier. La décision de le congédier leur donne raison.

Il faut dire que les relations n'étaient pas au mieux entre M. Tellier et Laurent Beaudoin depuis que le premier s'était prononcé publiquement en faveur de l'abolition du système d'actions à deux niveaux qui permet à la famille Beaudoin d'exercer le contrôle sans détenir la majorité du capital. Cette sortie de M. Tellier avait été reçue comme un gifle par la famille Beaudoin et interprétée par les observateurs comme l'annonce d'une éventuelle réforme destinée à tasser la famille au profit des gestionnaires professionnels, dont M. Tellier lui-même.

Cela étant dit, si le conseil a pris la décision radicale de se débarrasser de son président un an avant la fin de son contrat, c'est que d'autres désaccords, majeurs ceux-là, sont apparus depuis. Difficile de dire lesquels sans risque d'erreur, mais on peut se demander si les discussions entourant l'éventuel développement d'une nouvelle classe d'appareils n'en feraient pas partie? Rappelons-nous que l'idée avait été écartée avant l'arrivée de M. Tellier à cause du risque jugé trop élevé de s'aventurer dans un sentier aussi différent de celui qui a fait le succès de Bombardier: nouveau moteur, nouvelle carlingue, nouveaux concurrents... Rien à voir avec l'adaptation de modèles existants comme cela a été le cas jusqu'ici.

Pour les prochains mois, voire les prochaines années, c'est un comité de trois personnes, dont Laurent Beaudoin, qui prend la relève. Il ne faudrait donc pas s'étonner si quelque nouveau virage était annoncé sous peu.

j-rsansfacon@ledevoir.ca