Le meilleur (ou le pire) reste à venir

Avec un milliard de plus dans la cagnotte qui provient du marché du carbone, le gouvernement Legault est en mesure de montrer que les actions maintenant définies et financées remplissent désormais 51 % de son objectif de réduire de 37,5 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) à l’horizon de 2030. Dans le plan de mise en œuvre de l’an dernier, ce pourcentage était de 42 %.

Nous n’en sommes qu’à la moitié de l’objectif, mais au moins, cette reddition de comptes annuelle, basée sur de savants calculs du ministère des Finances, nous permet de constater tout le chemin qu’il reste à franchir, même si c’est pour critiquer le gouvernement caquiste et l’insuffisance de son Plan pour une économie verte.

Cette comptabilité qu’il faut croire rigoureuse, c’est l’aspect positif de ce rendez-vous annuel. De con côté, le gouvernement Trudeau, s’il est vrai que son objectif est plus ambitieux, soit entre 40 % et 45 % de réduction, ne nous dit pas comment il remplira ses engagements. Il vaut mieux savoir à quoi s’en tenir concrètement plutôt que de voir des tartufes se draper dans une vertu que seul le flou permet d’entretenir.

Une bonne partie du milliard supplémentaire, soit quelque 400 millions, viendra gonfler l’aide financière apportée au secteur industriel, notamment aux grands émetteurs, une enveloppe qui passera à 1,3 milliard en cinq ans. Pour Gabriel Nadeau-Dubois, la CAQ applique « le principe du pollueur payé », un avis que partage Patrick Bonin de Greenpeace, qui voudrait qu’on réduise de façon draconienne les subventions à l’industrie.

Québec solidaire a adopté l’automne dernier une résolution portant à au moins 55 % l’objectif de réduction des émissions de GES d’ici 2030 pour se rapprocher le plus près possible de 65 %, la cible que des militants de QS voulaient que le parti embrasse. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Pourquoi pas une réduction de 75 % ou même de 100 % ? peut-on se demander.

Dans cette surenchère, QS oublie de nous dire quels moyens un gouvernement solidaire utiliserait pour réduire les émissions du secteur industriel, émissions qui représentent 29 % du total au Québec. Il faut comprendre que non seulement ce gouvernement ne subventionnerait pas les grands émetteurs pour qu’ils diminuent leurs émissions de façon significative, mais qu’il ajouterait à leurs charges en sus de ce qu’ils déboursent en crédits carbone. QS parviendrait sans doute à ses fins puisqu’un tel programme entraînerait la fermeture de nombreuses installations industrielles et, de là, une réduction radicale des émissions. Fermer les usines est une mesure des plus efficaces pour atteindre ses objectifs en matière de lutte contre les changements climatiques, mais il faut convenir qu’elle apparaît drôlement simpliste.

Le gouvernement caquiste a raison d’investir pour réduire la pollution industrielle. C’est un des moyens d’obtenir rapidement des résultats probants.

Dans le plan de mise en œuvre 2022-2027 dévoilé jeudi par le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, on compte, par ailleurs, peu de nouvelles mesures dans le secteur du transport. Essentiellement, le ministre a annoncé 115 millions pour l’électrification des autobus et 46 millions pour le camionnage. Le secteur du transport compte pour 43 % des émissions de GES au Québec. Seulement 48 % des réductions d’ici 2030 sont couvertes par le plan gouvernemental.

Dans son dernier budget, le ministre des Finances, Eric Girard, a réduit de 1000 $ le subside pour l’achat d’automobiles électriques. Il est tout de même prévu que le nombre de ces véhicules sur nos routes passera de 1,5 million d’ici 2030, un chiffre contenu dans le plan de l’an dernier, à 1,6 million. Pour l’heure, il est difficile d’aller plus vite : les constructeurs ne parviennent pas à suffire à la demande et les listes d’attente s’allongent. C’est bon signe : cela témoigne de l’intérêt des consommateurs. Les constructeurs en viendront un jour ou l’autre à augmenter leur offre.

Mais le plan de lutte contre les changements climatiques ne peut reposer presque exclusivement sur l’électrification de la voiture solo. Le ministre Charette a indiqué que la révision annuelle du plan devrait permettre un accroissement de 6 % à 8 % de l’enveloppe quinquennale, qui s’élève à 7,6 milliards. En dehors de la tarification du carbone imposée aux entreprises, le gouvernement Legault répugne à user des leviers de l’écofiscalité. Son plan est donc incomplet. Et ce sont les mesures les plus évidentes et les plus « faciles » qui sont mises en œuvre dans un premier temps. Plus on approchera de l’échéance de 2030, plus les actions seront exigeantes. Collectivement, nous n’y échapperons pas.

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