Ça se bouscule en région à l’approche des élections

Le gouvernement Legault y est allé d’annonces en appui au développement régional cette semaine, tandis que la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, a présenté son projet de Charte des régions. C’est fou comme les régions deviennent soudainement importantes quand les élections générales pointent à l’horizon.

Mercredi, François Legault s’est déplacé en Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine avec le ministre responsable de la région, Jonatan Julien, pour annoncer l’implantation en 2023 d’une antenne de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) dans les trois campus du cégep de la région, soit à Gaspé, à Carleton-sur-Mer et aux Îles-de-la-Madeleine. Ensuite, le premier ministre — et incidemment chef de la Coalition avenir Québec — a annoncé, depuis l’usine gaspésienne de pales d’éoliennes LM Wind Power, un appel d’offres majeur d’énergie renouvelable de 2300 mégawatts.

La veille, le ministre des Transports, François Bonnardel, a certainement fait mouche en annonçant que des billets aller-retour à 500 $ seraient offerts dès le 1er juin pour une vingtaine de liaisons aériennes du Québec, question de stimuler l’industrie touristique, mais aussi, plus largement, l’économie locale. 500 $, c’est un chiffre bien rond, facile à retenir, on en conviendra. À quand la prochaine promesse à 500 $ ? peut-on se demander.

Cette offre survient deux ans après qu’Air Canada a abandonné la presque totalité de ses dessertes régionales au Québec. Depuis, le transport aérien régional est en restructuration. Plusieurs détails touchant ce programme de rabais, qui bénéficie d’une enveloppe substantielle de 281 millions répartis sur cinq ans, ne sont toutefois pas arrêtés.

En procédant en région à ces annonces, avec espèces sonnantes et trébuchantes à la clé, le gouvernement caquiste aurait voulu occulter le dévoilement par Dominique Anglade de sa Charte des régions qu’il n’aurait pas fait mieux. Dans le cas de l’annonce du ministre des Transports, toutefois, il s’agit plutôt d’un concours de circonstances, d’un hasard du genre de ceux qui font bien les choses. La conférence de presse devait se tenir il y a deux semaines, mais François Bonnardel a contracté la COVID-19 et l’événement a dû être reporté.

Après ces annonces bien concrètes, Dominique Anglade arrive avec un projet de restructuration bureaucratique, assorti de certaines mesures chiffrées et d’un énoncé de principe, le tout appelé quelque peu pompeusement « charte ». Elle promet de renforcer les pouvoirs des ministres responsables de chacune des régions en créant des secrétariats régionaux sous la responsabilité d’un sous-ministre. Ce contingent de sous-ministres relèverait du secrétaire général du Conseil exécutif, le ministère de la première ministre.

Ce n’est pas sans intérêt. On se rappellera toutefois que c’est un gouvernement libéral, celui de Philippe Couillard, qui a mis la hache dans les structures décisionnelles régionales, soit les conférences des élus (CRE) et les centres locaux de développement (CLD).

Comme il est de coutume pour les partis de racoler les régions lors des élections, Philippe Couillard s’était permis, dans la campagne de 2018, de jouer la carte de la décentralisation en promettant de déplacer en région des fonctionnaires, y compris des cadres, de trois ministères : Ressources naturelles, Forêts et Agriculture. Le maire de Gaspé, Daniel Côté, aujourd’hui président de l’Union des municipalités du Québec, lui avait alors répété des mots attribués à René Lévesque, qui avait voulu transférer à Gaspé les fonctionnaires affectés aux pêcheries (sans succès, d’ailleurs, même si un bâtiment fut érigé pour les abriter) : « Il est plus facile de faire monter une morue à Québec que de faire descendre un fonctionnaire à Gaspé. »

Durant la campagne de 2018, la CAQ avait aussi promis de confier des responsabilités aux régions et d’y déménager des fonctionnaires. Le gouvernement Legault, qui poursuit l’objectif de déplacer 5000 fonctionnaires dans les régions, en est encore à ses balbutiements.

Il faudra bien davantage que cette charte pour que le Parti libéral fasse une percée en région. Le dernier sondage Léger montre que les libéraux ne font toujours pas mieux que 11 % chez les électeurs francophones. Le parti semble partir de loin, d’ailleurs. Sur son site Web, le dossier portant sur les villes et régions commence par cette phrase : « Deuxième plus grande province du pays derrière le Nunavut, le Québec est divisé en 17 régions administratives. » Non seulement le Québec n’est qu’une province parmi d’autres — un vocable que le gouvernement québécois, même sous les libéraux, n’utilise plus depuis les années 1970 —, mais il n’est plus qu’un simple territoire, créature du gouvernement fédéral. Misère.

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