Des nouvelles de l’école

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, en a fait l’annonce la semaine dernière : à la prochaine rentrée scolaire, les parents et les élèves renoueront avec la tradition de trois bulletins par année, plutôt que les deux communications instaurées en contexte de pandémie. Cette nouvelle sonne un certain retour à la normalité, après deux ans de contexte hors normes. Mais elle laisse entier tout un pan essentiel de la discussion : quelle réussite au juste mesurera-t-on ?

Le réseau de l’éducation n’est pas encore remis du lot d’interruptions scolaires qui ont bouleversé le cours de son existence depuis mars 2020. À ce jour encore, 6e vague oblige, des élèves sont régulièrement retirés des classes le temps d’une infection. Les effets de ces apprentissages interrompus ne sont pas très bien documentés et sont essentiellement impressionnistes.

Depuis toujours, le retour des vacances d’été entraîne un impact négatif sur les apprentissages, particulièrement chez les clientèles les plus vulnérables et issues de milieux défavorisés. En lecture, en orthographe et en calcul, le retard d’une pause de deux mois dans la cadence scolaire est facile à observer. Nul besoin d’être un expert pour comprendre que deux ans de pandémie, avec accès inégal à l’enseignement à distance et au matériel numérique nécessaire pour s’y adonner, n’ont pu qu’être dommageables. À ce jour, rien toutefois ne paraît encore dans les chiffres.

Même si on en soupçonne les conséquences inévitables, comment les évaluera-t-on ? L’arrivée de trois bulletins plutôt que deux vient redonner un cours normal au cycle des communications entre l’école et les parents, mais cela ne s’attarde en rien au contenu des évaluations. Ce dossier épineux a de tout temps été controversé en éducation, mais un cratère aussi important qu’une pandémie de plus de deux ans exacerbe le besoin de s’y attarder. Sinon on risque de laisser évoluer — ou d’abandonner — tout un pan d’élèves mal outillés.

L’école a complètement modifié ses pratiques d’évaluation, car le contexte le commandait : les lieux et les manières d’évaluer ont changé, le contenu du programme à enseigner a été réduit, la pondération et la quantité de bulletins ont été modifiées et certaines épreuves ministérielles ont été annulées. Il est maintenant temps d’envisager la suite et de veiller à ce que l’évaluation ne soit ni une manière de pénaliser trop sévèrement les élèves ni non plus de cautionner la réussite au rabais. Cet équilibre délicat, qui doit reposer essentiellement sur le jugement professionnel des enseignants, ne pourra être atteint si la question n’est pas débattue au grand jour.

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