La pandémie comme révélateur

De l’aveu même de Christian Dubé, il n’y a pas d’invention dans le plan qu’il a présenté mardi. Et c’est tant mieux. Le défi, c’est l’exécution, a-t-il dit. En effet, les gouvernements qui se sont succédé à Québec ne se sont pas distingués à cet égard.

Depuis plus de 30 ans, les commissions et les rapports sur la réforme de notre système de santé se sont entassés ; le document de 79 pages rendu public par le ministre de la Santé et des Services sociaux en dresse d’ailleurs la liste. Nombre de leurs recommandations, parmi les plus importantes, sont restées lettre morte.

Mais la pandémie a jeté une lumière crue sur les graves lacunes du réseau. Surtout, les Québécois ont pu comparer sa capacité à résister aux vagues de la COVID-19 à celle des systèmes de santé des autres provinces et des autres pays. Les Québécois ont pu constater collectivement jusqu’à quel point leur réseau de la santé était fragile.

En revanche, la pandémie a montré que le réseau pouvait faire les choses autrement, comme l’ont montré la réussite de la campagne de vaccination et l’implantation rapide de la télémédecine.

Le plan de réforme, qui s’étend sur trois ans, est avare de détails financiers et d’échéanciers précis. Ce sont des principes et des orientations qui sont exposés, au demeurant fort valables, et qui s’inspirent des recommandations phares des divers rapports. Le patient doit être au centre du système — le ministre parle d’améliorer « l’expérience patient », ce qui n’est pas sans rappeler les termes racoleurs utilisés en marketing. Plus simple à dire qu’à faire : on retrouve dans ce plan le sempiternel objectif de financer les hôpitaux, non plus sur une base historique, mais en fonction de la demande des patients.

L’autre grand axe de ce plan, c’est le souci de la satisfaction et du bien-être du personnel, lourdement éprouvé durant la pandémie, et même avant. Christian Dubé veut que le réseau de la santé devienne « un employeur de choix » et que le « temps supplémentaire obligatoire » ne soit plus qu’un expédient de tout dernier recours.

Outre les orientations qui reposent sur une souhaitable mobilisation de l’ensemble du personnel et des gestionnaires, deux mesures concrètes visent des engagements électoraux que le gouvernement caquiste n’est pas parvenu à respecter.

Au lieu d’offrir à tous les Québécois un médecin de famille, on instaure un guichet d’accès à la première ligne, selon une approche multidisciplinaire qui a donné de bons résultats dans le Bas-Saint-Laurent. D’ici la fin de l’été, la moitié des 945 000 patients dits « orphelins » qui se trouvent sur la liste d’attente pour avoir un médecin de famille pourront obtenir un rendez-vous dans les 36 heures si leur cas le requiert, promet le ministre. Il faut faire davantage : des négociations se poursuivent avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec pour la prise en charge des patients.

L’autre promesse non tenue est la réduction à 90 minutes du temps d’attente à l’urgence, cet illusoire engagement. Le ministre voit dans le « centre de commandement » mis sur pied à l’Hôpital général juif de Montréal une façon d’améliorer la situation. En outre, comme la pandémie a mis en évidence le manque de lits dans les hôpitaux, il promet de donner accès à 4000 lits supplémentaires, ce qui permettra au Québec de rejoindre la moyenne canadienne à ce chapitre.

Une grande part de la réforme repose sur la collecte de données, leur informatisation et leur mise en commun. C’est un peu la marque de commerce du ministre, qui a déposé deux projets de loi en ce sens. « On va mesurer. Ce qui se mesure peut s’améliorer », a-t-il dit. Figure à l’ordre du jour la décentralisation du réseau de la santé, pour en faire une organisation à la fois plus humaine et plus efficace. Mais on n’en saura rien avant que l’équipe de la sous-ministre Dominique Savoie ne finisse son examen et accouche d’un plan cet été. Le ministère est aussi appelé à se retirer de la gestion des activités pour se concentrer sur la définition des orientations et sur la mesure du rendement, une autre recommandation de longue date.

En ce qui a trait aux soins à domicile, le gouvernement Legault a mandaté la commissaire à la santé et au bien-être, Joanne Castonguay, pour qu’elle revoie les façons de faire en la matière. Cet examen prélude à un important virage qu’on a trop longtemps repoussé.

Certes, l’opposition a raison de souligner que le plan manque de détails et qu’il tient de la plateforme électorale. Mais il est essentiel. Le plan est ambitieux, la réforme est globale et elle prendra du temps. Agissant comme un révélateur, la pandémie a convaincu le gouvernement caquiste et, il faut croire, l’ensemble des acteurs du système de santé que des changements draconiens sont plus que jamais nécessaires, tant pour les patients que pour le personnel soignant.

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