Pressés d’en découdre

Les élections à date fixe présentent des avantages clairs, mais elles ont aussi des effets pervers parfois parfaitement inattendus. Plus de sept mois avant le scrutin, la Coalition avenir Québec demande aux médias qui le souhaitent de réserver leurs places dans les autobus de campagne.

C’est ce qu’on appelle de la préparation. Déjà, cet empressement a conduit l’aile parlementaire caquiste à enfreindre les règles d’éthique auxquelles sont soumis les députés ; elle a utilisé les ressources de l’Assemblée nationale à des fins partisanes. Le whip en chef du gouvernement, Éric Lefebvre, a convié des employés de circonscription en juin et en novembre à suivre des webinaires de formation durant les heures normales de bureau en prévision de la prochaine campagne électorale. La commissaire à l’éthique et à la déontologie des membres de l’Assemblée nationale, Ariane Mignolet, a blâmé les élus caquistes pour ces formations touchant le placement publicitaire lié à la « précampagne et à la campagne électorale », écrit-elle dans son rapport rendu public la semaine dernière. Les biens de l’État — bureaux de circonscription, téléphones, ordinateurs, etc. — dont disposent les élus ne doivent servir qu’à leur charge, ce qui comprend les salaires de leurs employés.

Le whip doit se mordre les doigts puisque l’invitation à participer à ce webinaire partisan fut envoyée à des élus libéraux qui, pince-sans-rire, ont demandé de participer à cette activité de formation qu’ils jugeaient sans doute fort instructive. C’est le député libéral Marc Tanguay qui a porté plainte à la commissaire à l’éthique.

La situation est cocasse : on se rappellera qu’en 2017, la CAQ avait porté plainte auprès du Directeur général des élections du Québec et du commissaire à l’éthique contre le Parti québécois, dont les « agents de liaison » étaient payés par l’Assemblée nationale pour faire du travail à la permanence du parti, une pratique répandue à l’époque. Quelques jours plus tard, ce fut au tour de la CAQ, tel l’arroseur arrosé, de se faire accuser d’avoir commis la même faute. Depuis, les règles ont été resserrées, mais il semble que dans la fébrilité préélectorale, le whip caquiste les ait oubliées.

Si la CAQ a amorcé ses préparatifs menant aux prochaines élections, elle se montre moins empressée d’annoncer la date de l’élection partielle dans Marie-Victorin. La limite pour tenir ce scrutin est le 8 mai. Déjà, les libéraux insinuent que François Legault pourrait déclencher des élections générales précipitées avant cette date, une possibilité que lui offre théoriquement la loi électorale. Or, ce n’est pas dans l’intérêt politique de son parti de renier cet engagement, ce qu’il aurait un mal fou à expliquer aux électeurs. Ce sont plutôt les contraintes sanitaires liées à la pandémie qui justifient cet atermoiement. L’élection partielle devrait être déclenchée dans les jours prochains.

Tous ces préparatifs, cette précampagne qui s’amorce, cette agitation qui s’empare du gouvernement et des partis d’opposition sont des aspects négatifs des élections à date fixe. Dans ce contexte, il faudra se montrer vigilant à l’égard de la publicité gouvernementale qui peut, d’une façon plus ou moins subtile, tenter de favoriser la réélection du parti au pouvoir. C’est particulièrement vrai à l’heure actuelle et dans les mois qui viennent, quand la fin de la pandémie est envisageable et quand l’abandon des mesures coercitives et la liberté retrouvée se conjuguent à la promesse de jours meilleurs et à cet espoir qui porte à voter pour un parti ou pour un autre. D’ailleurs, le fait que le premier ministre ait enlevé son masque et se montre tout sourire sur sa page Facebook n’est pas anodin. Après les contraintes sanitaires, c’est le retour à un optimisme qui se veut payant sur le plan électoral.

En cette année de scrutin, le budget est une pièce maîtresse. On ne compte plus les gouvernements qui se sont servis de cet ultime exercice budgétaire pour allécher les électeurs avec des mesures coûteuses, de ces « bonbons » dont la justification repose sur un calcul électoral. Osons espérer que le ministre des Finances, Eric Girard, évitera de verser dans cette néfaste superficialité. Les marges de manœuvre financières de l’État doivent être consacrées à la « refondation » du système de santé.

Entretemps, la dernière session parlementaire de la législature se poursuit et risque d’être conflictuelle, chacun des partis d’opposition cherchant — et c’est dans l’ordre des choses — à accabler le gouvernement et à s’attirer la lumière des projecteurs, du moins davantage que le Parti conservateur d’Éric Duhaime. Les élus ont toutefois un important travail législatif à accomplir. On pense notamment à l’adoption du projet de loi 15 sur la réforme de la protection de la jeunesse et au projet de loi 96 sur le français, langue commune, qui ne doivent pâtir d’une obstruction systématique.

À voir en vidéo