En finir avec le confinement

La cinquième vague, marquée par la propagation fulgurante du variant Omicron, tire à sa fin. Cautionné par la Santé publique, François Legault a annoncé l’abandon graduel de la plupart des mesures sanitaires d’ici le 14 mars, deux ans presque jour pour jour après la déclaration de l’urgence sanitaire. D’aucuns y verront un gouvernement qui ne fait que réagir au ras-le-bol exprimé par de plus en plus de citoyens. En réalité, il s’agit d’un changement d’approche qui se manifeste un peu partout dans le monde. L’imposition d’un confinement plus ou moins strict n’est plus la solution.

En conférence de presse, le premier ministre a dit constater que de plus en plus de Québécois trouvent qu’il y a trop de contraintes. Les élus caquistes n’ont pas manqué de l’informer que la grogne s’est répandue parmi leurs commettants. Le « convoi de la liberté » s’est retiré des rues de Québec, mais son message de contestation des mesures sanitaires a fait son chemin.

Il est trop simple de penser que le gouvernement caquiste n’a fait que céder à la pression populaire. L’évolution de la pandémie au Québec lui permet de proposer un calendrier de déconfinement : la Santé publique permet qu’on retire, telle une effeuilleuse, les contraintes sanitaires l’une après l’autre au cours des quatre prochaines semaines.

Si l’adhésion aux mesures sanitaires, qui est en train de s’effriter, est un facteur dont doit tenir compte la Santé publique, la conjoncture épidémiologique importe plus encore. À la mi-janvier, le réseau hospitalier était aux abois. Les unités de soins intensifs étaient poussées à leur limite, et on envisageait sombrement d’appliquer des « protocoles » pour déterminer quels malades on laisserait mourir faute de soins. Depuis, le nombre d’hospitalisations a diminué tout comme celui des personnes atteintes de la COVID aux soins intensifs. En outre, le réseau hospitalier a retrouvé une marge de manœuvre, encore mince, avec le retour de 10 000 travailleurs de la santé en congé de maladie. De nouvelles façons de prendre soin des malades ont aussi amélioré la capacité des hôpitaux.

Maintenant que le gouvernement Legault annonce ce calendrier de déconfinement et la levée possible de l’état d’urgence sanitaire à la mi-mars, il serait malvenu de faire marche arrière. Le directeur national de santé publique par intérim, le Dr Luc Boileau, prévoit que même avec les divers allégements prévus, les hospitalisations plafonnent ou au pire, connaissent une légère hausse que le réseau hospitalier pourra absorber. Un retour en arrière est improbable, a-t-il assuré.

Contrairement à la situation en décembre dernier où le gouvernement, après avoir apporté des assouplissements, a dû se raviser pour imposer de sévères restrictions, il n’y a pas de variant tel Omicron dans le rétroviseur de la Santé publique. Le monde n’est pas à l’abri d’un autre « astéroïde », pour reprendre l’expression du directeur de santé publique, mais il n’y en a pas qui se profile à l’horizon.

Avec le passage du variant Omicron, la COVID-19 passera du stade de l’épidémie, où la maladie se propage de façon foudroyante, à celui d’endémie, où le coronavirus est toujours présent, mais entraîne l’apparition de relativement peu de cas, généralement bénins. C’est du moins ce qu’on espère.

Selon toute vraisemblance, des millions de Québécois ont contracté la COVID-19 dans cette cinquième vague d’Omicron, ce qui s’ajoute aux personnes atteintes dans les vagues antérieures. En outre, la grande majorité de la population est doublement vaccinée et le sera triplement dans les mois qui viennent, si le passé est garant de l’avenir.

Dans ce contexte, le gouvernement Legault a toutes les raisons de relâcher son étreinte. Il faut dire que depuis le déferlement de la cinquième vague en décembre, le Québec est un des endroits au monde où les contraintes sanitaires sont les plus sévères.

L’approche doit changer, a dit François Legault. Ces derniers temps, plusieurs pays européens ont considérablement assoupli leurs mesures. Certains pays, comme le Royaume-Uni et le Danemark, ont abandonné la plupart des restrictions. Vivre avec le virus, c’est le nouveau leitmotiv. Au Québec, cela veut dire procéder rapidement à l’inoculation de la troisième dose du vaccin, ce qui semble plus facile à dire qu’à faire. Les personnes à risque, si elles contractent la COVID-19, devront être prises en charge et traitées avec des antiviraux. Mais plus question de confiner des gens adéquatement vaccinés, dont la santé n’est plus menacée par le coronavirus.

C’est ce que les Québécois appelaient de tous leurs vœux. La croisade des antivaccins n’y est pour rien. C’est l’évolution de l’épidémie qui dicte la suite des choses. Et à moins qu’un astéroïde ne tombe du ciel, le Québec confiné sera chose du passé.

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