Coup de frein pour Dawson

La ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, a confirmé que le gouvernement Legault abandonnait le projet d’agrandissement du collège Dawson.

Dans les cartons du gouvernement Couillard, ce projet, sur lequel la direction du cégep travaille depuis plusieurs années, aurait permis la construction, au coût de 189 millions, d’un nouveau pavillon consacré aux programmes liés au secteur de la santé. Dawson souligne que le ministère de l’Enseignement supérieur estime que le collège manque d’espace et qu’il lui faudrait compter 10 000 mètres carrés de plus pour répondre aux normes ministérielles.

Ce n’est pas le seul cégep de la grande région de Montréal qui manque d’espace. Selon la ministre, 11 cégeps seraient dans cette situation. L’agrandissement du cégep Édouard-Montpetit pour 157 millions et celui du cégep Ahuntsic pour 138 millions sont déjà inscrits au Plan québécois des infrastructures (PQI). Au cours des cinq prochaines années, quelque 22 000 étudiants s’ajouteront aux effectifs des cégeps français dans la grande région de Montréal, soit environ 20 % de plus.

Le Parti québécois avait sourcillé quand le gouvernement Legault avait inscrit l’agrandissement de Dawson sur la liste des projets d’infrastructure prioritaires que le projet de loi 66, adopté l’an dernier, vise à accélérer. Depuis, le ministre Simon Jolin-Barrette a déposé le projet de loi 96 sur la langue officielle et commune du Québec. Encore à l’étude en commission parlementaire, il contient des dispositions pour freiner la croissance du nombre d’étudiants qui proviennent de l’école secondaire française et choisissent de fréquenter un des cégeps anglais, dont le collège Dawson est le plus couru.

La ministre McCann est allée plus loin en décrétant un gel des admissions dans les cégeps anglais pour dix ans. Pour Dawson, cela signifie que le nombre d’étudiants admis ne peut dépasser 7915. Dawson n’est pas le seul cégep à accueillir plus d’étudiants que son effectif fixé par le ministère, mais il est celui qui le dépasse avec régularité et aisément puisqu’on se bouscule au portillon pour emprunter cette voie toute désignée pour poursuivre ensuite des études universitaires en anglais. Ainsi, le collège Dawson comptait 8200 étudiants en 2020, et 8620 en 2021.

Selon le cabinet de la ministre, le projet de Dawson représente 75 % des sommes consacrées à tous les cégeps pour des agrandissements, sans préciser toutefois la période visée. La ministre a indiqué à l’Assemblée nationale que le gouvernement ne pouvait aller de l’avant avec l’agrandissement de Dawson parce que les cégeps francophones dans la région de Montréal ont « énormément de besoins ». Financer le projet de Dawson se ferait au détriment des cégeps francophones, doit-on comprendre.

La ministre McCann reconnaît que Dawson manque d’espace et croit que le collège doit envisager la location d’espace plutôt que la construction d’un pavillon. Malheureusement, ce n’est pas tenir compte de la nature du projet d’agrandissement. Il doit contenir des installations pour enseigner à de futurs professionnels de la santé, avec des locaux où on recrée un environnement semblable à celui d’un hôpital avec des lits, des appareils et des mannequins simulant les patients. Et ce n’est pas le type de salles de classe qu’on peut facilement intégrer dans le bâtiment patrimonial qui abrite le collège. Ce genre de pavillon pour le secteur de la santé, moderne et technologiquement avancé, c’est exactement ce que projette de construire le cégep Édouard-Montpetit. Ce sont d’ailleurs des formations dont le gouvernement caquiste a fait une priorité.

On peut prétendre que le collège Dawson est davantage une extension du réseau scolaire francophone qu’un établissement servant avant tout des anglophones. C’est aberrant, mais c’est la réalité. Ainsi, selon les données de l’an dernier, seulement 34 % de ses étudiants sont de langue maternelle anglaise, tandis que les francophones comptent pour 20 % et les allophones pour 42 %, ces deux groupes provenant essentiellement du réseau secondaire français.

S’il est vrai que Dawson, même s’il respecte la limite de 7915 étudiants fixée par la ministre, ne peut correspondre aux normes du ministère et que le gouvernement n’a aucune intention de corriger la situation, il ne reste plus qu’à réduire le nombre d’étudiants qui fréquentent le collège. Danielle McCann devrait nous présenter un plan de réduction touchant à la fois les étudiants et le corps enseignant.

Il est vrai que sur le plan politique, le gouvernement Legault ne brillerait pas par sa cohérence s’il investissait massivement dans les cégeps anglais alors qu’il veut réduire leur poids relatif. Mais en même temps, il ne peut y avoir deux régimes de financement des cégeps selon la langue d’enseignement. C’est le genre de dilemme auquel conduisent des années de laisser-faire.

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