Forcer la main aux récalcitrants

Sans donner de détails sur la contribution santé que souhaite imposer son gouvernement aux personnes non vaccinées, François Legault a indiqué jeudi que les parlementaires auront leur mot à dire sur la question. L’Assemblée nationale sera saisie d’un projet de loi dès l’amorce de la prochaine session, au début de février.

Avec raison, les partis d’opposition réclamaient un débat sur les mesures entourant la pandémie. Que le premier ministre manifeste une volonté de consensus est de bon augure. Saluons aussi le fait qu’il s’est engagé à éviter « de faire mal aux personnes mal prises » en exemptant des pénalités les plus démunis, comme le réclamait Québec solidaire.

En ce qui a trait à cette contribution santé, il est bon de rappeler qu’une telle mesure ne doit viser que des objectifs de santé publique, soit d’inciter tout un chacun à se faire vacciner adéquatement, pour sa propre protection et pour celle des autres, et de réduire la propagation du virus.

Quand il a évoqué mardi cette contribution santé exceptionnelle, François Legault a parlé de la « grogne » qu’il sentait monter au sein de la population vaccinée à l’endroit de cette minorité de récalcitrants.

Le gouvernement caquiste ne peut agir par vengeance et se faire l’agent d’une vindicte populaire. Dans ce combat contre la pandémie, il ne doit pas se laisser guider par ses intérêts partisans ou sa cote de popularité. Certes, il existe une relation entre sa façon de réagir à cette cinquième vague et ses perspectives électorales. Mais il aurait tort d’instrumentaliser la grogne de la majorité vaccinée.

C’est dire que les mesures doivent produire des effets probants pour que soient justifiées les contraintes qu’elles imposent aux libertés individuelles garanties par les chartes et qu’autorisent l’urgence sanitaire et la Loi sur la santé publique.

Une telle contribution peut être considérée comme un accroc à l’universalité de notre système de santé. À l’heure actuelle, les contribuables financent le réseau public par le truchement de leurs impôts en fonction de leurs revenus. Ils n’ont pas à payer une somme supplémentaire si leurs habitudes de vie ne correspondent pas aux credos d’une vie saine. Les fumeurs, les buveurs de cola, les goinfres et les sédentaires ne paient pas plus que les autres citoyens pour le système public de santé.

On peut toujours dire que les fumeurs, tout comme les consommateurs d’alcool, paient des taxes supplémentaires, mais il y a une marge entre taxer davantage certains produits dont on veut restreindre la consommation — on peut aussi penser à l’essence — et imposer une surprime, à l’instar des assureurs privés, à une portion de la population en raison de ses choix de vie pour financer supposément le système public de santé.

De plus, cette contribution santé, si elle est perçue par l’entremise de l’impôt sur le revenu, ne pourrait vraisemblablement être versée que l’an prochain, quand les contribuables feraient leur déclaration de revenus. Au surplus, elle ne pourrait s’appliquer qu’à ceux qui en produisent une. Or, c’est maintenant qu’il faut agir pour encourager la vaccination.

La voie qui serait porteuse, c’est la menace de se voir imposer une amende salée, dont seraient dispensées les personnes vulnérables ou qui ne peuvent recevoir le vaccin. Ce ne serait pas une contribution santé : elle n’aurait pas pour but de financer le système hospitalier. Le but, c’est qu’on ne verse pas cette amende et qu’un plus grand nombre de Québécois acceptent de se faire vacciner. Pour eux-mêmes, certes, mais surtout pour les personnes souffrantes qui voient leur opération reportée. Dans ce contexte, il n’y a pas de mal à forcer la main aux récalcitrants.

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