Le bal des promesses

C’est un ministre de l’Éducation fort attendu qui s’est pointé mercredi après-midi devant la presse, avec une promesse grandiose et solennelle : permettre le retour en classe des élèves le 17 janvier prochain, et clore ainsi un autre cycle de cet enseignement virtuel délétère. Bien qu’elle ne semble tenir qu’à un fil, tant l’échafaudage sur laquelle elle repose est fragile, cette promesse doit constituer l’autre obsession du gouvernement Legault — avec la santé. Tout doit être mis en œuvre afin qu’elle n’échoue pas sur le rivage des vœux pieux.

L’enseignement virtuel fait mal à la population du Québec. Pour les premiers concernés, soit les élèves, c’est un monument de démotivation et un substitut faiblard de l’apprentissage effectué en présence. Sans un ingrédient nommé « interactions sociales », moteur indispensable à l’évolution des jeunes, cet ersatz d’école non seulement mine la réussite, mais aussi amoche considérablement la santé mentale. Cette autre pandémie couve en coulisses sans qu’on lui accorde toute l’importance statistique accordée aux dommages causés par la COVID-19.

Pour les parents travailleurs, l’enseignement à la maison est un cauchemar. Ces parents motivateurs ont certes réussi à allumer le prof caché en eux lors des premiers cycles de l’école à la maison, qui relevait alors presque d’une expérience camping rigolote. Mais ils n’ont plus en eux une once de cette motivation nécessaire pour tenir à la maison un duo éreintant : un calendrier d’école virtuelle et leur propre emploi. Quand on pense que, pour les enfants du premier cycle du primaire, 10,5 heures d’enseignement virtuel par semaine sont données, cela fait un maigre deux heures par jour animées par l’enseignante, tout le reste tombant dans la cour du parent déjà épuisé. Il s’agit d’une mission impossible dont le prix est élevé pour tous.

Québec mise donc sur un retour en classe le 17 janvier, et cette décision est la bonne. Mais le premier ministre et son équipe de l’Éducation doivent demeurer intraitables et tenir tête à la Santé publique si d’aventure ce parterre d’experts parfois trop déconnectés du terrain venait à nouveau faire siffler la fanfare du confinement. Ailleurs dans le monde, là où Omicron vient aussi tester les limites des réseaux de la santé, des conditions gagnantes ont été réunies afin que l’école demeure un bastion intouchable.

Considérés depuis un bon moment déjà par tous comme un paravent au désastre dans les écoles, les tests rapides sont indéniablement une des clés. Dans le bal des promesses de mercredi, le ministre de l’Éducation s’est engagé à distribuer 3,6 millions de tests rapides dans les écoles à compter du 17 janvier, et autant en février. On veut y croire. La disponibilité de ces tests est essentielle, de même qu’un protocole clair — toujours attendu de la part de la Santé publique — pour isoler d’une classe un enfant infecté et un cas contact. La France a donné par exemple cette semaine des consignes très concises destinées aux parents d’élèves : pour retourner en classe, un cas contact doit présenter un test antigénique ou PCR négatif, puis, deux et quatre jours plus tard, un test rapide négatif accompagné d’une attestation sur l’honneur des parents.

Mais les Québécois n’ont plus accès aux tests PCR, et la course aux autotests est rarement un périple gagnant par les temps qui courent. Tandis que le ministre de la Santé prédit une explosion des hospitalisations les jours prochains compte tenu du train fou d’Omicron — l’INESSS parle de 3000 d’ici deux semaines —, le Québec est littéralement pendu à un manque de ressources dans toutes les sphères de sa gestion de la pandémie : manque criant de ressources humaines qui le mène tout droit vers un délestage de niveau 4, manque de tests rapides et de tests PCR.

Depuis mars 2020, le chaos et la désorganisation ont malheureusement été trop souvent le lot des parents, des élèves et des étudiants. Cette semaine, alors que la fermeture des écoles est annoncée depuis un bon moment et que la pandémie ne devrait plus être l’excuse pour justifier le manque de préparation, des parents d’élèves ne savaient toujours pas à quoi s’attendre à quelques heures du début des « classes » virtuelles. La qualité de l’air dans les classes continue d’être un sujet de préoccupation, sur lequel on promet des éclaircissements la semaine prochaine.

Dans le réseau scolaire, le manque de personnel était déjà un problème, que la pandémie a accentué depuis 2020. Rien n’indique que les enseignants seront épargnés par la tornade Omicron. Le ministre Roberge a raison de dire que mieux vaut quelques absences ici et là — il a parlé de 2 % d’absents — et le retour à la maison de quelques classes plutôt qu’un réseau tout entier confiné à la maison plus longtemps. Son objectif, à nouveau, est des plus louables. Mais ne minimise-t-il pas l’impact des absences du personnel enseignant ? Les lunettes roses n’ont pas bien guidé le gouvernement, à qui on a reproché son incohérence quand il a dû revenir sur des décisions mal planifiées.

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