Resserrer la vis aux non-vaccinés

Avec la montée fulgurante du variant Omicron, le Québec vogue d’un désolant record à un autre pendant que nous tentons de comprendre la gravité de la situation, déboussolés, entre deux pointes de tourtière et d’éphémères festivités. Il y avait un peu plus de 1200 cas d’infection au coronavirus dans la première semaine de décembre, alors que nous rêvions encore à des rassemblements de 20 personnes ou plus pour les Fêtes, et près de 4600 à cinq jours de Noël. Le 28 décembre, nous en étions à 12 833 cas, une statistique ridicule s’il en est puisque la Santé publique n’arrive plus à suivre le rythme effréné du virus.

Nous exagérons à peine en disant que, désormais, tout le monde connaît quelqu’un qui a contracté la COVID-19 ou qui a dû se confiner précipitamment sous le sapin, seul ou en famille, après avoir été en contact avec une personne infectée. Avec la multiplication des cas d’infection, il faudra se préparer à des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement, au fur et à mesure que les employés des petites et grandes entreprises plieront sous le coup du virus. À titre d’exemple, plus de 2000 vols ont été annulés en une seule journée aux États-Unis, les compagnies aériennes étant incapables de compter sur le personnel requis.

C’est dans ce contexte qu’il faut analyser la décision prise mardi par le gouvernement Legault de permettre aux travailleurs essentiels, notamment dans le secteur de la santé, de continuer à travailler même s’ils sont déclarés positifs à la COVID-19. Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, affirme être « pris dans un étau ». « Nous avons de plus en plus de malades et de moins en moins de monde pour les soigner », a-t-il dit.

En l’espace de quelques jours, le nombre d’employés du secteur de la santé absents pour cause d’infection au coronavirus est passé de 4000 à 7000. Bientôt, ils seront plus de 10 000 confinés à la maison. En permettant au personnel infecté de rester au travail, selon une approche prudente au cas par cas, le ministre Dubé souhaite éviter l’accélération des ruptures de service et du délestage.

À la suite de cette annonce, trois syndicats de la santé sont montés au créneau pour faire part de leurs vives inquiétudes. La présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Julie Bouchard, n’a pas mâché ses mots. « C’est inquiétant, irresponsable et surtout inconcevable », a-t-elle dit.

Les syndicats sont en droit de se soucier de la protection des travailleurs de la santé : les retards dans les tests de dépistage du personnel, les stocks dégarnis de masques N95 et d’autres irritants minent la confiance d’un réseau surmené. Mais devant l’urgence de la situation, que proposent les syndicats pour éviter la catastrophe imminente ? Souhaitons qu’ils puissent tendre la main au ministre Dubé et participer à la recherche de solutions constructives pour éviter l’implosion du réseau.

  

Il y a quand même des lueurs d’espoir à l’horizon. Même si la Santé publique se garde de tirer des conclusions hâtives, tout indique que le variant Omicron, d’une redoutable efficacité pour sauter d’une personne à une autre, est moins insidieux que ses prédécesseurs. Le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, évoquait des statistiques encourageantes. Lors des vagues précédentes, une hospitalisation sur quatre nécessitait un séjour aux soins intensifs, comparativement à une sur dix avec le variant Omicron.

L’accélération de la campagne de vaccination pour la troisième dose, annoncée mardi, est aussi un développement positif. La séquence de vaccination permettra à tous les adultes de bénéficier d’une dose de rappel entre le 4 et le 21 janvier (en commençant par les 55 à 59 ans).

Encore une fois, le ministre Dubé a invité les personnes non vaccinées à faire un effort, car elles exercent une pression exagérée sur le fragile réseau de la santé. En effet, celles-ci courent 12,6 fois plus de risques d’être hospitalisées. Christian Dubé a évoqué des décisions « très graves » à venir dans les prochains jours si la situation se détériore.

C’est vers les non-vaccinés qu’il devra tourner son regard s’il veut resserrer d’un cran les mesures sanitaires, en excluant ceux qui ont une condition médicale sérieuse. Les Québécois ont été exemplaires dans leur respect des consignes sanitaires et leur adhésion massive à la campagne de vaccination. Il serait injuste qu’on leur fasse porter le poids de nouvelles restrictions.

La liberté de conscience des non-vaccinés n’a pas préséance sur celle des vaccinés. Sans imposer la vaccination, une mesure vouée à l’échec, ni limiter l’accès aux soins de santé, il serait temps de resserrer la vis aux non-vaccinés. Ceux qui refusent la vaccination par égoïsme, par insouciance, à cause de convictions religieuses ou personnelles devraient être amenés à assumer les pleines conséquences de leur décision.

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