Omicron s’invite au réveillon

La montée spectaculaire et inégalée du variant Omicron et son effet dévastateur possible sur notre très fragile capacité hospitalière ont poussé le premier ministre François Legault à faire ce qu’il n’avait d’autre choix que de faire : inviter les Québécois à puiser un petit peu plus dans leurs réserves de résilience et de sens collectif, et ce, en plein temps des Fêtes. Face à un variant hypercontagieux et compte tenu des ressources affaiblies du réseau de la santé, les autorités doivent resserrer les mesures, ou sinon, elles devront bientôt effectuer la sélection des patients prioritaires à l’hôpital. Tout le monde veut éviter ce scénario catastrophe.

On s’était imaginé le pire. Or, François Legault offre une version « minceur » de mesures additionnelles. L’imposition du couvre-feu est évitée — fiou ! — et les 24 et 25 décembre sont relativement préservés avec des fêtes en groupes de dix, pour ceux qui ne peuvent l’éviter. À compter du 26 décembre, les élans devront toutefois être réfrénés, avec des rassemblements privés de six personnes maximum ou de deux bulles. Pour protéger les 60 ans et plus, tranche d’âge de 70 % des patients hospitalisés en ce moment, Québec demande aux citoyens de « se serrer les coudes », de « faire encore un effort » pour traverser cette « grande épreuve » qui s’annonce.

Personne n’envie les décideurs : depuis près de deux ans, ils composent avec l’inédit d’une pandémie, se font porteurs de mauvaises nouvelles en plus d’endosser le costume encombrant de motivateurs d’une foule désabusée. Le thème lancinant du « on a besoin de vous » est usé. À l’approche de ce deuxième Noël sans débordements, notre « baboune » collective est de plus en plus visible. On en a assez d’en avoir assez.

Mais on ne peut rien contre les chiffres. Depuis le début de la pandémie, ils rythment la cadence. Les dernières données sont effarantes sur un point en particulier : Omicron pourrait réussir un exploit que les souches précédentes n’ont pas tout à fait réussi en perçant la capacité à faire face au virus de nos hôpitaux et des ressources humaines, qui y œuvrent sans relâche. Le pourcentage de patients hospitalisés sur l’ensemble des cas positifs détectés est pourtant très bas — 1,3 % seulement —, mais puisque les cas sont plus nombreux — 9000 cas dépistés dans la journée d’hier, de quoi donner le vertige —, la mathématique est aisée : le nombre de lits destinés aux hospitalisations et aux soins intensifs pourrait être insuffisant. Tout se résume à cela. Qu’Omicron soit moins « grave », ainsi qu’on le soupçonne sans en être certains, ne changera rien au fait que les très malades afflueront s’ils sont plus nombreux à la source.

Les fameuses données diffusées mercredi par l’INSPQ et l’INESSS prévoient différents modèles à partir de deux variables hypothétiques : l’échappement vaccinal (la diminution de l’efficacité vaccinale) et la sévérité du virus (la probabilité de développement de symptômes sévères). Le pire des tableaux prévoit un dépassement dès janvier de la capacité des hôpitaux, où, rappelons-le, les ressources humaines manquent à l’appel. Cette précarité nous hante en temps « normal ». On ne doit pas s’étonner qu’elle nous transforme en véritables funambules en temps de pandémie.

Le taux de positivité a maintenant dépassé les 10 %, ce qui est préoccupant. Il est confirmé qu’Omicron est maintenant la cause de près de 90 % des cas au Québec alors qu’il y a une semaine à peine, on parlait de 20 %. Cette souche donne l’impression qu’elle saute littéralement sur ses victimes si celles-ci ne sont pas outillées avec les essentiels : deux doses de vaccin, le port du masque, une distanciation physique d’au moins deux mètres, des mains lavées fréquemment. Les non-vaccinés, que le premier ministre invite à rester chez eux, courent 14 fois plus de risques que leurs comparses vaccinés d’atterrir dans un lit d’hôpital.

Les Québécois se retrouvent à nouveau invités à mettre en avant leur sens individuel des responsabilités, et ce, pour le bien collectif. Cet équilibre fragile, qui demande de remiser toute forme d’égoïsme pour se concentrer sur autrui, est douloureux à atteindre lorsque, sans cesse depuis deux ans, on demande aux citoyens de faire preuve de patience, de résilience, de compréhension, d’abnégation. Les réserves de tout cela sont affaiblies en chacun de nous. Mais nos réserves collectives sont en bien piètre état quand on comprend, à voir les projections des experts, que nous sommes si près du point de rupture.

Résignés, on rentrera donc dans le rang, à nouveau. On espérera en contrepartie que nos dirigeants agiront avec diligence pour accélérer l’accès aux tests rapides, car l’autonomie des citoyens sera essentielle pour l’opération de dépistage, avec des chiffres aussi vertigineux, et aussi pour assurer une opération rapide d’administration de la troisième dose. Il s’agit d’une clé capitale pour faire face à Omicron.

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