Une journée à la fois

Quatre jours seulement après que le premier ministre François Legault eut annoncé diverses restrictions en raison de la propagation du variant Omicron, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a senti le besoin de revenir à la charge. Et ce pourrait être suivi d’autres mesures, le gouvernement caquiste attendant lundi soir les nouvelles projections des experts de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) et de l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ).

C’est « une journée à la fois », a laissé tomber Christian Dubé, qui a indiqué qu’il voulait « faire une cassure » avec les mesures qu’il a annoncées lundi. La possibilité pour les Québécois de se rassembler pour les Fêtes en groupes de dix personnes au maximum semblait ne tenir qu’à un fil. « Il n’y a rien de bien définitif », a-t-il signalé. « On est à la guerre. »

Ces rassemblements de dix personnes sont toujours permis, mais le ministre, flanqué du directeur national de santé publique, Horacio Arruda, et du directeur général de la gestion de la pandémie, Daniel Paré, a invité la population à réduire au maximum ses contacts. Le message général : moins il y en aura, mieux ce sera.

Avec le variant Delta, la situation était en équilibre, le délestage était limité et le réseau hospitalier fonctionnait à 90 % de sa capacité. Mais avec le variant Omicron, la donne a changé. « La flambée des cas, elle est incroyable », a lancé le ministre, et la situation est « critique ». Le Québec vient de connaître un sommet du nombre de cas quotidiens de COVID-19 depuis le début de la pandémie, soit 4571. C’est davantage que la poussée de près de 3000 cas atteints lors de la deuxième vague en janvier 2021. Tandis que les deux doses de vaccin suffisaient pour protéger environ les trois quarts de la population vaccinée contre le variant Delta, cette protection chute à 30 % avec le variant beaucoup plus contagieux Omicron. Évidemment, ce sont encore les personnes non vaccinées qui sont les plus à risque de subir des complications, voire de trépasser.

Lundi s’amorçait la prise de rendez-vous pour l’inoculation d’une troisième dose pour les personnes de 65 ans et plus. Mais la vaccination n’a pas encore atteint son rythme de croisière. On attend encore l’arrivée de vaccinateurs en renfort. Chose certaine, c’est trop tard pour Noël.

Le variant Omicron ne fait que commencer à se propager, et la moitié de la capacité d’hospitalisation du réseau, de 800 patients affectés par la COVID-19, est déjà remplie. Le nombre de ces hospitalisations s’est accru de près de 50 % en une semaine. Le mot « délestage » est revenu dans la bouche de Christian Dubé.

Lundi, la distribution gratuite des tests rapides à la population générale dans les pharmacies a connu un début chaotique. Ottawa a fourni à Québec 4,2 millions de ces tests, en plus des 6 millions distribués dans les écoles. En principe, tout Québécois âgé de 14 ans et plus a droit à une trousse de cinq tests. Il semble évident que la demande d’ici Noël va excéder l’offre.

Autre problème : la capacité du réseau de faire passer des tests PCR, soit 45 000 tests par jour, est dépassée, à un point tel que le ministre a dû insister pour signaler que seules les personnes qui présentent des symptômes devraient se faire tester. De plus, en raison du nombre élevé de cas, le réseau de la santé n’est pas en mesure d’assurer la recherche de contacts. Il revient aux malades d’avertir les personnes avec qui ils ont été en contact et de leur demander de s’isoler. On peut douter de l’efficacité de ce volontariat.

Les élèves sont en vacances jusqu’au 10 janvier. Mais les écoles primaires continueront leurs activités de vaccination des enfants de 5 à 11 ans. Un peu plus de la moitié des enfants de cette tranche d’âge ont reçu une première dose.

En Europe, où le variant Omicron est sur le point de devenir dominant, plusieurs pays envisagent de prendre des mesures draconiennes. Aux Pays-Bas, où le taux de vaccination est semblable à ce qui existe au Québec, le gouvernement a ordonné la fermeture de tous les commerces non essentiels, des bars, des restaurants, des cinémas, etc. Le nombre d’invités autorisés à Noël et au jour de l’An est de quatre.

Ici, les rassemblements à dix sont à éviter ; c’est du moins ce que nous retenons du message gouvernemental. Il faut se résigner à revoir nos plans afin de limiter au maximum nos contacts, tout en observant scrupuleusement les mesures sanitaires que sont le port du masque, la distanciation et le lavage des mains. Nous ne savons trop ce que l’avenir nous réserve. Et Christian Dubé ne s’est pas fait rassurant.

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