Pris de vitesse

L’an dernier, au cœur d’un long automne au cours duquel la presque totalité de la population se trouvait en zone rouge, François Legault avait évoqué le « contrat moral » qui permettrait aux Québécois, s’ils respectaient scrupuleusement les consignes, de tenir des rassemblements d’au plus 10 personnes pour les Fêtes. Une semaine plus tard, il faisait marche arrière devant les implacables statistiques sur l’augmentation du nombre de cas de COVID-19 et d’hospitalisations. Ce répit tant espéré s’était plutôt transformé en 17 jours d’un sévère confinement.

Cette année encore, François Legault a évoqué à la fin novembre la possibilité de jeter du lest durant les Fêtes. Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, et le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, confirmaient il y a dix jours à peine que les réunions de 20 personnes dûment vaccinées seraient permises à compter du 23 décembre. Puis, rebelote, le gouvernement caquiste révise ses plans et inflige une douche froide aux Québécois.

Pour l’heure cependant, les restrictions annoncées par François Legault sont heureusement moins sévères que l’an dernier. Les rassemblements d’au plus 10 personnes sont possibles. Quelques jours de classe sont retranchés au secondaire au début de janvier. Ça n’aura pas de conséquence. Commerces, restaurants et bars pourront continuer leurs activités, bien que réduites. Pourvu que ça tienne.

Jusqu’à mardi dernier, les projections de la Santé publique indiquaient que le variant Omicron, qui se propageait à grande vitesse en Ontario, ne frapperait d’aplomb le Québec qu’en janvier. Cela ne vaut plus. Le calendrier de vaccination pour donner la troisième dose aux 60 ans et plus est devancé, et on met les bouchées doubles pour faire de même avec le personnel du réseau de la santé. Avec du retard par rapport aux autres provinces, la distribution de tests rapides aux parents d’élèves des écoles primaires avait commencé, et ils seront disponibles pour tous dans les pharmacies dès lundi.

L’ennemi est déjà parmi nous, prenant le gouvernement Legault de vitesse. À Montréal, la directrice régionale de santé publique, la Dre Mylène Drouin, se disait « bousculée » par la poussée rapide des cas de plus en plus causés par le nouveau variant Omicron. Avant même que François Legault n’annonce les nouvelles restrictions, elle avait pressé les Montréalais d’éviter tout rassemblement d’ici Noël.

La situation épidémiologique actuelle est bien différente de celle de l’an dernier. À pareille date en 2020, la population n’était pas vaccinée et le nombre de cas, qui était passé de moins de 1000 cas à l’automne à près de 1800, avait propulsé le nombre d’hospitalisations, testant ainsi les limites du réseau de la santé. En raison de la vaccination et du fait que les enfants sont moins sujets à contracter la forme sévère de la maladie, le nombre d’hospitalisations est bien moindre maintenant que le sommet atteint en janvier 2021.

Mais on n’a encore rien vu. Car le variant Omicron est deux fois plus transmissible que le variant Delta et presque quatre fois plus que la première souche du coronavirus. Au printemps dernier, le nombre de nouveaux cas quotidiens pouvait doubler en cinq ou six jours. Avec Omicron, ce doublement se produit en deux ou trois jours.

Certes, le nouveau variant est moins nocif et entraîne moins d’hospitalisations et de décès. Mais il en cause tout de même. Sa prolifération exponentielle — la force du nombre — peut rapidement surcharger les hôpitaux. Très efficaces contre le variant Delta, les vaccins le sont moins contre la nouvelle souche. Une personne vaccinée peut être infectée et en contaminer d’autres, même si les symptômes qu’elle éprouve neconduisent pas à son hospitalisation.

Il faut également considérer la situation des professionnels du réseau de la santé, dont on espère qu’ils se feront finalement tous pleinement vacciner. Si le virus Omicron s’invite parmi eux, il peut faire des ravages et mettre à mal la capacité du réseau de la santé de s’occuper des patients atteints, comme cela s’est vu le printemps dernier, mais avec un degré de contagiosité multiplié.

Encore faut-il que la Santé publique puisse donner l’heure juste en temps opportun. À deux reprises, François Legault a créé de fausses attentes. On peut comprendre que le premier ministre, à l’approche des Fêtes, veut que la population garde le moral. Un peu moins d’empressement de sa part aurait été sans doute préférable, même si le seul choix qui s’offre à nous, c’est la déception qui suit les faux espoirs ou le poids de la résignation.

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