Une conjoncture hors du commun

Une performance économique extraordinaire permet au gouvernement Legault de verser au début de 2022, une année électorale, une prestation exceptionnelle totalisant plus de 700 millions à 3,3 millions de Québécois à faible et modeste revenu pour atténuer l’effet de l’inflation.

Le ministre des Finances, Eric Girard, qui livrait jeudi sa mise à jour économique et financière, n’a jamais pensé à l’échéance électorale, a-t-il dit, sans qu’on puisse le croire. Ce chèque de 400 $ pour un couple et de 275 $ pour une personne seule fera son effet. Le gouvernement Legault donne aussi l’impression qu’il prend des mesures concrètes pour remédier à une poussée de l’inflation qu’il croit, à l’instar de la Banque du Canada, temporaire.

La croissance prévue pour l’année atteindra 6,5 %, et 10,8 % si on y ajoute l’inflation, un chiffre qui fixe les revenus autonomes de l’État. Le ministre des Finances bénéficie d’une conjoncture hors du commun. Eric Girard a expliqué qu’il pouvait compter sur une manne de 6 milliards de plus que ce qu’il prévoyait dans son budget de mars 2021. La moitié est consacrée à de nouvelles dépenses et l’autre moitié vient en réduction du déficit. En fait, le gouvernement Legault peut tabler sur une somme supplémentaire de 9 milliards, en raison entre autres d’une hausse de 2,6 milliards des transferts fédéraux, liés notamment aux services de garde, et engage 5 milliards de dépenses de plus en cinq ans. Une priorité s’impose : le budget de la santé sera augmenté de 6 %.

Le Québec a mieux fait que le reste du Canada, mieux que les États américains. Pour expliquer le phénomène, le ministre a cité le respect des règles sanitaires qu’a manifesté la population québécoise, le taux élevé de vaccination ainsi que la capacité d’adaptation et la résilience de nos entreprises. On doit aussi reconnaître que les mesures de soutien de l’activité économique mises en avant par le gouvernement caquiste, associées au fort soutien du gouvernement fédéral, ont porté leurs fruits. Il faut rendre à César ce qui appartient à César.

De fait, le ministre des Finances s’est montré particulièrement rassurant pour la suite des choses. Frappée durement par la première vague de la pandémie, l’économie québécoise a mieux résisté à la deuxième vague, puis elle s’est de mieux en mieux adaptée aux vagues subséquentes. Après la croissance record de cette année, l’ancien banquier prévoit une solide progression de 3,3 % du PIB en 2022.

Ainsi, le déficit structurel, ce qui figure dans les documents budgétaires comme l’écart à résorber pour les prochaines années, a été réduit de 3 milliards pour s’établir à 4 milliards. Eric Girard prévoit toujours atteindre l’équilibre budgétaire pour 2027-2028. En fait, si on se fie au graphique présenté par le ministère, on reviendra dès 2023 à peu près à la même proportion dette-PIB d’avant la pandémie, soit 43 %.

Mais au-delà de cette manœuvre particulièrement opportuniste que représente l’arrivée de ce chèque dans les chaumières en janvier — un brin paternaliste, le ministre ne veut pas donner ce cadeau avant Noël pour éviter qu’il soit flambé —, ce minibudget devait répondre à des défis économiques beaucoup plus sérieux qu’une poussée temporaire de l’inflation. Les pénuries de la main-d’œuvre se sont encore aggravées en août : les dernières données de Statistique Canada montrent qu’il existe au Québec 200 000 postes vacants, 50 000 de plus qu’au début de 2021. Paradoxalement, 100 000 Québécois de moins occupent un emploi par rapport à la situation qui prévalait avant la pandémie.

Pour contrer la rareté de la main-d’œuvre, le minibudget prévoit des mesures évaluées à 3,4 milliards en cinq ans, dont près de 900 millions en 2022-2023. Le gouvernement Legault offrira des bourses particulièrement alléchantes — 9000 $ au cégep et de 15 000 $ à 20 000 $ à l’université — dans certaines disciplines. Pour remplir les besoins en matière de services publics, on versera des bourses aux étudiants inscrits à des programmes en santé et services sociaux, en éducation et dans les services de garde. On favorisera aussi les étudiants en génie, en technologie de l’information et pour des formations destinées aux travailleurs de la construction. Il faudra plusieurs années avant de savoir si cette stratégie singulière donne des résultats.

Il faut noter le relèvement du crédit d’impôt pour les frais de garde payés à des garderies non subventionnées. Les parents se retrouveront à payer l’équivalent du tarif de 8,50 $ par jour pratiqué par les services de garde subventionnés. Ce ne peut être qu’une mesure transitoire : ces garderies commerciales de moins bonne qualité doivent être converties ou remplacées par des centres de la petite enfance.


Dans une version précédente de ce texte, il était écrit que le minibudget de Québec prévoit des mesures évaluées à près de 900 milliards de dollars en 2022-2023 pour contrer la rareté de la main-d’œuvre. Pour 2022-2023, le coût estimé de ces mesures est en fait de près de 900 millions. Une précision a aussi été apportée pour indiquer qu'une moitié des 6 milliards additionnels ira à la réduction du déficit.

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