Vague continuation

Le discours du Trône qu’a prononcé la nouvelle gouverneure générale, Mary Simon, différait de celui d’il y a un peu plus d’un an. Alors qu’un interventionnisme claironnant marquait le discours de septembre 2020, passablement plus long, le dernier opus apparaît bien pâle en comparaison. Il est certes la continuation du premier, mais sur un mode atténué, presque sage.

En matière de santé, par exemple, le terme « nouvelles normes nationales », sorte de démonstration de force face à certaines provinces, dont le Québec, a disparu. On ne peut toutefois en déduire que le gouvernement Trudeau a abandonné sa volonté d’intrusion dans ce champ de compétence. Mais il semble moins enclin à le crier sur les toits.

Parce que le discours demeure vague à cet égard, le gouvernement Legault ne peut pousser un soupir de soulagement. Si le ton est différent, les visées sont les mêmes. « Pour bâtir un avenir meilleur, nous devons renforcer notre système de santé », comme si, au Canada, il n’en existait qu’un seul. « Il y a du travail à faire. En matière d’accessibilité, de soins dans les collectivités rurales, de chirurgies reportées, de santé mentale et de dépendance. De soins de longue durée. Et de collectes de données », a récité la gouverneure générale, une énumération qui laisse supposer un financement ciblé avec reddition de comptes plutôt qu’un relèvement du transfert fédéral en santé.

En matière économique, le gouvernement Trudeau se montre aussi satisfait que l’an dernier de l’état des finances publiques. Mais apparaît désormais sur son écran radar le spectre de l’inflation. Singulièrement, il répond par deux mesures déjà mises en œuvre, la construction de logements abordables et son programme de services de garde à 10 $ par jour, deux domaines qui, soit dit en passant, relèvent des provinces.

Pour soutenir l’économie, le gouvernement Trudeau entend augmenter encore plus le nombre d’immigrants admis au pays. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur cette stratégie qui fait du Canada le champion mondial à ce chapitre. Ce recours pléthorique, s’il accroît forcément la taille de l’économie, ne contribue pas à augmenter le niveau de vie de la population et, il va sans dire, à diminuer les pressions inflationnistes. Qui plus est, pendant que les fonctionnaires fédéraux bloquent l’arrivée d’étudiants francophones étrangers au Québec tout en ouvrant les vannes pour les étudiants anglophones, le gouvernement Trudeau s’évertue à réduire le poids démographique des Québécois dans l’ensemble canadien. Ce n’est pas sans rappeler les politiques systématiques des siècles précédents pour noyer la présence francophone dans le Dominion.

Pour l’essentiel, le gouvernement Trudeau reprend là où il avait laissé. Comme promis, il déposera un projet de loi pour renforcer la Loi sur les langues officielles. En attendant, la gouverneure générale, qui ne parle pas français mais qui fait des efforts, nous dit (la traduction n’est pas de nous) : « Écoutez les nombreuses voix qui parlent une multitude de langues et qui façonnent notre pays. »

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