Des limites du bracelet

Le rapport du coroner sur l’assassinat de Marylène Lévesque est d’une simplicité déroutante. La coroner y va de deux recommandations : revoir le plan correctionnel de son meurtrier, Eustachio Gallese, pour identifier les « éléments générateurs de [sa] déresponsabilisation » et imposer le port du bracelet électronique avec géolocalisation pour les délinquants reconnus coupables d’homicide conjugal.

Le port du bracelet électronique pour les délinquants ayant un historique de violence conjugale est une avenue intéressante, mais elle ne réglerait pas tous les problèmes. Les féminicides ne sont pas uniquement l’affaire de personnes judiciarisées. Des hommes souvent « sans histoire » commettent l’irréparable.

L’enquête du coroner sur le meurtre de Marylène Lévesque, 22 ans, offrait néanmoins l’occasion de réfléchir sur la responsabilité de l’appareil carcéral dans la prévention des féminicides. La coroner, Me Stéphanie Gamache, estime que le meurtre de la jeune femme aurait pu être évité si Gallese, un récidiviste en liberté conditionnelle, avait porté un bracelet électronique.

L’argumentaire tombe à plat. L’agente de libération savait déjà que Gallese fréquentait les salons de massage. Ses contacts avaient été autorisés dans le cadre de son plan de réinsertion, en dépit de la gravité de ses antécédents. En 2006, Gallese avait été condamné à 15 ans de pénitencier pour le meurtre non prémédité de son ex-conjointe. Permettre à un tel homme de soulager ses pulsions sexuelles sur des masseuses érotiques, au nom d’une conception tordue de la réhabilitation, choque la conscience.

Cette permission avait été révoquée par la Commission nationale des libérations conditionnelles (CNLC), mais c’était trop peu trop tard, puisque Gallese avait eu le temps de nouer une relation tordue avec Mme Lévesque, en s’imaginant qu’il pourrait former un couple avec elle. C’est lorsqu’il a réalisé l’impossibilité de cette union qu’il a brutalement tué Marylène Lévesque avec une glaciale préméditation. Il a plaidé coupable à une accusation de meurtre prémédité lors de son procès.

Les Services correctionnels du Canada (SCC) ont échoué lamentablement dans leurs efforts pour le réhabiliter. La CNLC et l’équipe de gestion de cas de Gallese ont sous-évalué sa dangerosité au moment de le remettre en liberté. Marylène Lévesque n’a jamais été prévenue de ses antécédents de violence conjugale. Même après son assassinat, le Syndicat des employés de la sécurité et de la justice et l’Association des services de réhabilitation sociale du Québec ont défendu le plan de réinsertion qui permettait à Gallese de fréquenter des salons de massage. La décision n’avait pas été prise sur un coin de table ; elle était justifiée d’un point de vue clinique, disaient-ils.

La coroner Gamache n’avait pas le mandat d’enquêter sur la conduite des SCC et de la CNLC. Un rapport de complaisance interne, caviardé, a achevé le travail d’introspection de la part de ces deux institutions fédérales. À sa défense, Me Gamache constate que le plan d’intervention correctionnel préparé pour Gallese était « un échec retentissant ». Elle aurait pu ajouter qu’un bracelet électronique ne remplacera jamais le jugement des agents de la paix, chargés de trouver le délicat point d’équilibre entre la réhabilitation du délinquant et la sécurité du public.

Marylène Lévesque a payé de sa vie pour leurs erreurs de jugement. Aucune enquête n’a eu le courage de le dire.

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