Prendre son mal en patience

Le commissaire de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), Frédérick Gaudreau, estime qu’un changement de nom, de « branding », pour employer son expression, permettrait à son organisation de redorer son blason. Ce serait user d’un moyen bien superficiel pour régler un problème de fond.

Après avoir déposé le Plan stratégique 2021-2024, le mois dernier, à l’Assemblée nationale, Frédérick Gaudreau présentait mardi le rapport annuel de gestion 2020-2021 de la fameuse unité d’enquête créée il y a dix ans.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce corps policier autonome a connu sa part de ratés. Le dernier en lice est l’abandon des poursuites contre l’ex-maire de Terrebonne, Jean-Marc Robitaille, et trois de ses présumées complices, abandon décrété par la juge Nancy McKenna qui n’a guère apprécié que deux enquêteurs de l’UPAC, dont le numéro deux de l’organisation, Sylvain Baillargeon, lui mentent en pleine face.

Lors de sa nomination il y a deux ans, Frédérick Gaudreau s’était fixé comme objectif que l’UPAC regagne la confiance du public. Deux ans plus tard, le commissaire parle de « crise de confiance ».

Les dénonciateurs se font plus rares. Selon le Plan stratégique, les dénonciations sont passées de 874 à 332 en quatre ans. L’UPAC promet de déployer davantage d’efforts pour encourager les signalements d’actes répréhensibles en utilisant les réseaux sociaux et en se faisant plus présente sur la place publique, pour les bonnes raisons, et non pas pour les mauvaises.

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, continue de rejeter l’idée qui circule d’intégrer l’UPAC à la Sûreté du Québec (SQ). « Il nous faut une organisation qui lutte à temps plein contre la corruption au Québec », a-t-elle affirmé mardi.

La ministre a rappelé que la nomination du commissaire actuel a été approuvée par les députés, comme le veulent les dispositions de la loi que le gouvernement caquiste a fait adopter. En outre, l’UPAC ne dépend plus de contrats de service signés avec la SQ pour composer ses équipes d’enquêteurs. Au mois d’août dernier, le règlement fut finalement adopté pour permettre à l’organisation de procéder à ses propres embauches. Une première cohorte d’enquêteurs, dotés d’une formation spécialisée dispensée par l’École nationale de police, se joindra à l’organisation cet automne. Une deuxième, qui comprend des civils, fera de même en début d’année prochaine.

Pour la ministre, il faut laisser à l’UPAC le temps de déployer ses activités avec les nouveaux moyens qui lui ont été fournis. L’ancienne directrice des communications du Bureau du coroner a insisté sur l’importance, pour l’UPAC, de mieux communiquer : de mieux expliquer les raisons de ses déconvenues et de mieux faire valoir ses bons coups.

Encore faut-il que le bilan de l’UPAC ne s’alourdisse pas de poursuites avortées et de bavures policières. Nul doute qu’il faut faire preuve de patience. Mais une meilleure communication ne suffira pas. C’est la qualité de ses méthodes d’enquêtes et, d’une façon générale, son efficacité qui conduiront l’UPAC à obtenir des résultats qui justifieront son existence.

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