Pleins feux sur Plante

La réélection de Valérie Plante à la mairie de Montréal fera d’elle une interlocutrice incontournable pour le monde municipal dans les quatre prochaines années. Avec l’arrivée de nouveaux venus à Québec (Bruno Marchand), à Laval (Stéphane Boyer), à Longueuil (Catherine Fournier) et à Gatineau (France Bélisle), Mme Plante devient l’une des « aînées de la famille » parmi les cinq plus grandes villes du Québec. Trois de ces villes seront dirigées par des femmes, un progrès significatif.

Mme Plante s’en vante peu, mais son leadership en matière de lutte contre les changements climatiques a été reconnu à travers le Canada. Elle joue un rôle prépondérant au sein du groupe des maires du C40 pour bâtir un plan de relance verte et inclusive. Elle peut et elle doit devenir une voix forte et rassembleuse pour les élus municipaux en matière de lutte contre les changements climatiques.

Même si les villes ne détiennent pas tous les pouvoirs et les leviers financiers en matière d’environnement, elles joueront un rôle de premier plan pour atteindre les cibles internationales ambitieuses de réduction des gaz à effet de serre. Montréal, la plus grande ville au Québec, est en position unique pour donner le ton au débat avec Mme Plante, pour autant qu’elle soit en mesure de tisser des alliances autour d’elle.

Au moment où ces lignes étaient écrites, Valérie Plante récoltait 52 % des voix, contre 37 % pour Denis Coderre. Le deuxième duel entre eux ne fut pas des plus inspirants, aucun des deux candidats n’arrivant à formuler une « question de l’urne » limpide. Il y en avait beaucoup pour le logement avec Valérie Plante, et davantage pour la sécurité publique avec Denis Coderre. Mais sur ces questions comme tant d’autres, les positions des deux candidats n’étaient pas radicalement éloignées les unes des autres. Finalement, Mme Plante a mené une campagne sans anicroche, contrairement à Denis Coderre, qui fut son propre pire ennemi en raison de son hésitation à divulguer la liste de ses clients privés et de son impatience face à la critique.

La mairesse Plante n’aura pas beaucoup de temps pour célébrer sa victoire. Bien au-delà de la lutte contre les changements climatiques, elle devra se consacrer à des tâches considérables : participer à la reconstruction de l’économie et de la vitalité de Montréal au terme de l’urgence sanitaire, sécuriser les quartiers chauds, boucler le budget 2022 dans un environnement inflationniste et relancer le transport collectif, alors que la Société de transport de Montréal (STM) affiche un manque à gagner de 62 millions de dollars.

En campagne, Mme Plante a promis de limiter la hausse des taxes foncières à 2 % pour la première année de son mandat. En raison des pressions inflationnistes, elle n’a pas voulu s’engager pour les trois autres années de son nouveau mandat. La préparation du budget 2022 sera un travail costaud. En août, l’administration Plante dévoilait un cadre budgétaire préliminaire, faisant état d’un manque à gagner potentiel de 780 millions de dollars pour les trois prochaines années. La croissance des dépenses projetées excède tout simplement la progression des revenus.

Pour 2022, le manque à gagner est évalué à 311 millions, sur un budget projeté de 6,5 milliards de dollars. Les villes n’étant pas autorisées à faire des déficits, l’administration Plante devra aiguiser son crayon. Il sera intéressant de suivre l’évolution de ses promesses ambitieuses dans ce contexte délicat. Pour les quatre prochaines années, Valérie Plante promettait 235 millions de nouvelles dépenses, mais des coupes et l’ajout de nouveaux revenus devaient permettre de récupérer 255 millions.

Inflation et déficits : voilà deux menaces immédiates dans le champ de vision de la mairesse. Pourra-t-elle compter sur la sympathie de Québec, encore une fois, afin d’équilibrer son budget ?

À voir en vidéo