La COP de toutes les urgences

Autre sommet, autres cris d’alarme, mais toujours de plus pressants et de plus inquiets. Glasgow en résonne à son tour à l’ouverture de la COP26 sur le climat. À commencer par ceux du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, qui a appelé à « sauver l’humanité » et à rompre avec « notre dépendance aux énergies fossiles » afin qu’on cesse enfin de « creuser nos propres tombes ».

Par ceux du naturaliste David Attenborough qui, dénonçant l’abandon dont sont victimes les pays les plus pauvres face aux défis du réchauffement, demande : « Est-ce ainsi que notre histoire doit se terminer ? »

Par ceux de Joe Biden, pour qui « agir contre le changement climatique est un impératif moral et économique ». Mais encore ?

On serait moins pessimiste face aux chances de succès de la COP26 si, de COP en COP, les promesses n’avaient été si mal tenues. Si la transition énergétique promue par M. Biden n’était sabotée par un sénateur de son propre parti. Si le président américain, affirmant lundi que les États-Unis seront « en mesure d’atteindre l’objectif de réduction des émissions (de CO2) de 50-52 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 2005 », allait vraiment vouloir et pouvoir pérenniser cet important engagement sans la concrétisation duquel l’humanité court à sa perte. Si le président Xi Jinping, dont la Chine est le plus grand émetteur de gaz carbonique de la planète, n’était absent du sommet, comme du reste le Russe Vladimir Poutine…

Et si, en amont, le sommet des vingt plus grosses économies du monde (G20), dont fait partie le Canada et qui vient de se tenir à Rome, n’avait donné des résultats aussi insuffisants.

L’enjeu est pourtant énorme, s’agissant de l’urgence de muscler l’Accord de Paris de 2015. L’enjeu est énorme puisqu’à défaut d’accélérer tous azimuts la lutte contre le dérèglement climatique, selon l’ONU, la trajectoire reste celle d’une « catastrophe climatique », avec un réchauffement presque deux fois plus élevé que la cible de 1,5 degré Celsius.

Or, le G20 de Rome a mal préparé la table à la COP26. Certes, les pays du G20 ont reconnu, pour la première fois, l’importance d’atteindre la neutralité carbone « d’ici au ou aux alentours » du milieu du siècle, mais sans plus de précision. Ils se sont également entendus pour mettre fin au financement public hors de leurs frontières de nouvelles centrales au charbon d’ici à la fin 2021, mais sans s’engager à le faire chez eux, la Chine et l’Inde demeurant très dépendants du charbon.

De ceci à cela, sur la question incontournable de l’aide aux pays en développement, les riches se sont de nouveau engagés à tenir la promesse toujours non tenue de financer la lutte contre le réchauffement dans les pays du Sud à hauteur annuelle de 100 milliards de dollars américains. Scandaleuse procrastination — miroir de celle qui prévaut dans la lutte contre la pandémie —, si l’on considère que les pays pauvres sont à la fois les plus touchés et les moins responsables du réchauffement. Et quelle irresponsabilité, vu que la réussite de la transition écologique passe nécessairement par une fine coordination des moyens à l’échelle mondiale.

Il n’y aura évidemment pas trop des douze jours du sommet de la COP26 pour relancer l’Accord de Paris et convaincre Greta Thunberg que nos gouvernements ne sont pas tous des traîtres à la cause. De déni et de procrastination, ils sont en effet coupables, au nom de la mondialisation capitaliste et de l’économie de surconsommation. Le fait est que chez nous, à Ottawa comme à Québec, aucune cible de réduction des émissions de GES fixée au cours des dernières années n’a été atteinte. Steven Guilbeault est attendu au tournant… L’urgence est telle que le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) prône même pour la première fois l’idée de décroissance pour prévenir la catastrophe écologique, dans un rapport préliminaire que Le Devoir a décortiqué en fin de semaine. L’urgence est telle qu’elle en appelle une autre, forcément : celle d’accélérer et de développer plus activement le régime de négociations climatiques à l’échelle internationale, régime dont les experts disent qu’il est désespérément lent.

Ce déni et cette procrastination sont l’expression au sommet d’un déficit de prise de conscience écologique qui se manifeste du reste à tous les niveaux — citoyens, municipalités, entreprises, États, etc. De l’indéfendable projet de troisième lien à Québec aux problèmes d’approvisionnement en eau potable à Saint-Lin–Laurentides pour cause d’appel de la banlieue vers la campagne ; des ravages humains que cause la pollution de l’air et de l’eau en Inde à la destruction de la forêt amazonienne à des fins de développement de l’industrie agroalimentaire, il y a partout des injonctions de changement radical de culture économique et de mode de vie.

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