Changements postpandémiques

Le discours d’ouverture qu’a prononcé François Legault était marqué par une volonté de changement que la pandémie, avec les ratés, mais aussi les avancées, qu’elle a suscités, n’a fait qu’exacerber. Le premier ministre, qui a fustigé l’immobilisme, la résignation et l’inaction, s’attelle à des réformes majeures qui projettent son gouvernement bien au-delà du rendez-vous électoral d’octobre 2022.

Saluons d’emblée le fait que François Legault ait annoncé que l’urgence sanitaire sera levée après que les enfants de 5 à 11 ans seront vaccinés, une opération qui devrait se terminer au début de 2022. Évidemment, cette annonce est sujette à l’évolution de la pandémie d’ici là, mais les perspectives sont encourageantes compte tenu du haut taux de vaccination de la population. L’échéancier est fixé. Il faut souligner que les caquistes auront gouverné par décret pendant presque la moitié de leur mandat, de quoi prendre de mauvais plis.

Dans son discours d’ouverture en 2018, François Legault avait affirmé que les trois grandes priorités de son gouvernement étaient l’éducation, l’économie et la santé, dans cet ordre. Mardi, c’était la santé, avec raison, qui figurait en tête de liste : la pandémie a jeté une lumière crue sur notre système de santé.

La pandémie a exposé les graves lacunes du système de santé, mais aussi des réussites, estime le premier ministre. Il a donné l’exemple des consultations médicales en ligne ou par téléphone, qui sont devenues pratique courante en quelques semaines. Ces changements sont permanents, et il entend les mener plus loin. Il a annoncé une vaste décentralisation du réseau de la santé vers les régions et les sous-régions, ce qui s’impose. Le gouvernement reverra en profondeur la gestion des ressources humaines, « un système dysfonctionnel », a-t-il convenu, où 40 % des employés sont à temps partiel. Les nouvelles conventions collectives permettent d’instaurer une organisation de travail « plus humaine et plus performante », a-t-il dit, dans la mesure où syndicats, gestionnaires, ordres professionnels, personnel acceptent de changer leur façon de faire. Il y a en effet loin de la coupe aux lèvres.

Le manque d’accès aux médecins de famille demeure un problème, et François Legault a dit qu’il commençait à s’impatienter. Son gouvernement n’est pas le premier à vouloir corriger la situation. Il veut aussi revoir en profondeur la prestation des soins à domicile. Cela aussi a un petit air de déjà-vu.

Comme la pandémie l’a mis en évidence, le réseau de la santé manque cruellement de données sur son fonctionnement. Le gouvernement se consacrera à la transformation numérique du réseau, mais aussi de l’ensemble du gouvernement. Le ministre délégué Éric Caire aura son propre ministère, ce qui témoigne de l’importance qu’on accorde à cette transformation. À ce chapitre, il existe des États qui sont beaucoup plus avancés que le Québec.

François Legault n’a pas manqué de signaler jusqu’à quel point le réseau de l’éducation a été secoué par la pandémie. Il dit vouloir embaucher des orthophonistes, psychologues et autres professionnels pour aider les jeunes en difficulté. Encore faut-il trouver ce personnel.

En matière économique, la pandémie nous a montré que nous pouvions produire beaucoup de marchandises que nous importons. Encore faut-il, comme dans le secteur public, disposer de la main-d’œuvre en quantité suffisante. C’est toute une commande.

Pour le premier ministre, la « forte cohésion nationale » des Québécois et leur solidarité furent un atout durant la pandémie. Si tant est qu’elles suffisent, François Legault en aura bien besoin pour relever les défis exigeants que le Québec doit relever.

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