Une occasion de tarder

Pendant que le gouvernement Legault annonce d’ambitieux projets de réforme dans la dernière ligne droite de l’urgence sanitaire, son homologue fédéral, Justin Trudeau, y voit une occasion de se traîner les pieds. La Chambre des communes ne siégera pas avant le 22 novembre prochain, soit huit semaines après l’élection inutile du 20 septembre.

On voit là un condensé de la duplicité des libéraux. Pour justifier la tenue d’une élection hâtive, M. Trudeau avait colporté l’idée fausse que le Parlement était devenu dysfonctionnel, alors qu’il pouvait toujours compter sur l’appui débonnaire du Nouveau Parti démocratique et sur celui, plus circonspect, du Bloc québécois pour faire avancer son programme législatif.

Au terme d’un scrutin qui a reproduit presque à l’identique la composition du Parlement précédent, les électeurs naïfs ont pu croire que M. Trudeau se précipiterait pour relancer les travaux à la Chambre des communes, afin de ne pas prendre de retard pour livrer ses ambitieux projets de relance.

Cet intervalle de huit semaines est incompréhensible. Lorsque M. Trudeau aura livré son discours du Trône, il restera un mois avant la relâche des Fêtes. Les libéraux peuvent bien promettre tous les projets du monde dans les 100 premiers jours de leur mandat, au rythme où vont les choses, l’année 2022 sera bien amorcée avant que les réformes législatives se matérialisent.

La manœuvre sent le réchauffé. Au terme de son élection minoritaire en octobre 2019, M. Trudeau avait attendu jusqu’au 5 décembre pour convoquer le Parlement, ce qui avait donné un gros total de huit journées de travail. Et c’est ainsi que les ambitions législatives des libéraux s’étiolent. Dans la paresse et l’appétit pour la gouvernance par décret, certainement pas en raison de l’obstruction des partis d’opposition.

En moyenne, les Communes siègent environ 120 jours par année lorsqu’il n’y a pas d’élection en vue. Le Parlement a siégé 75 jours en 2019, 86 jours en 2020 et 76 jusqu’à présent en 2021. Les tribulations d’un gouvernement minoritaire et la pandémie ont certainement contribué à la réduction du nombre de jours d’activités, mais plus le temps passe et plus nous constatons que la pandémie est un prétexte que le gouvernement Trudeau utilise pour se soustraire à un examen rigoureux de ses politiques publiques et de ses actions, et pour amenuiser les inconvénients liés à son statut de gouvernement minoritaire.

Cette nouvelle session écourtée représente un pied de nez de plus de Justin Trudeau fait aux institutions démocratiques.

À voir en vidéo