​Parti vert: après la déconfiture

Le point de presse qu’a donné lundi la cheffe du Parti vert du Canada, Annamie Paul, pour annoncer sa démission est à l’image de son court règne marqué par l’inexpérience, l’apitoiement sur soi, la paranoïa et ce refus obstiné de ne prendre ne serait-ce qu’une minuscule part de blâme.

La cheffe a parlé de sa douleur et « de la pire période de sa vie », comme elle l’avait fait d’ailleurs avant la campagne électorale en juillet quand elle affrontait une fronde au sein de son parti à la suite des accusations d’antisémitisme que son proche conseiller Noah Zatzman a lancées contre deux des trois élus du Parti vert, Jenica Atwin, passée aux libéraux, et Paul Manly, qui a mordu la poussière le 20 septembre en Colombie-Britannique.

Comme plusieurs commentateurs l’ont souligné, Annamie Paul, comme le veut l’usage, aurait dû démissionner le soir même après avoir perdu son pari de se faire élire dans Toronto-Centre. Bien qu’elle ait concentré sa campagne dans cette seule circonscription, elle est arrivée quatrième avec un maigre 8,6 % des voix. La cheffe s’est plainte d’avoir reçu, le jour du scrutin, un courriel du conseil fédéral du PVC lui annonçant que son leadership ferait l’objet d’une révision. Ce ne devait pourtant pas être une surprise pour elle : c’est inscrit dans les statuts du parti.

Alors que la crise climatique est un enjeu qui préoccupe de plus en plus la population, le parti écologiste pouvait espérer, de façon réaliste, faire un meilleur score qu’en 2019. C’est plutôt à sa déconfiture que nous avons assisté. Des trois députés verts, il n’en reste que deux dont l’un d’entre eux, Mike Morrice, dans Kitchener-Centre, a remporté la victoire par défaut en quelque sorte, le candidat libéral et favori Raj Saini ayant dû se retirer de la campagne en raison d’allégations d’inconduite sexuelle.

Le PVC n’a recueilli que 2,3 % des voix à l’échelle du pays, le tiers du pourcentage qu’il avait obtenu en 2019. Au Québec, la glissade fut encore plus sévère : son famélique 1,5 % se compare à 4,45 % en 2019.

Lors de la course à la chefferie des verts, il y a moins d’un an, Annamie Paul avait remporté la victoire à l’arraché après huit tours de scrutin. Dénuée de sens politique, l’avocate bilingue n’a pas montré les qualités de leadership qui lui aurait permis de recréer l’unité du parti après cette course serrée. Au contraire, on a reproché à la nouvelle cheffe d’avoir mis de côté tous ceux qui ne lui avaient pas été entièrement acquis.

Annamie Paul a fait la démonstration qu’il ne suffit pas de parler français pour comprendre le Québec ou de vouloir le comprendre. Parmi les 23 membres de son cabinet fantôme, deux seulement étaient québécois. Elle s’est montrée critique non seulement de la Loi sur la laïcité de l’État, mais aussi du projet de loi 96 pour renforcer la langue française au Québec. Si elle avait été une élue de la Chambre des communes, a-t-elle affirmé, elle n’aurait pas voté pour la motion du Bloc québécois sur le droit de l’Assemblée nationale de modifier la Constitution du Québec pour y inscrire qu’il forme une nation. Sur le plan de la stratégie politique, ce n’est guère habile, puisque le Bloc acceptait à l’occasion de céder son droit de parole en chambre aux députés verts.

L’ancienne cheffe Elizabeth May a affirmé que le parti a « un très grand travail d’introspection à faire ». C’est le moins qu’on puisse dire. On peut croire que ce parti disparate, qui réunit des écologistes qui croient à l’économie de marché, des anticapitalistes, des militants antinucléaires et maintenant des animalistes, doit se recomposer. Sinon ses miettes risquent d’être gobées par le Nouveau Parti démocratique.

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