L’après-Joyce

En soulignait mardi un triste mais nécessaire anniversaire. Celui de la mort tragique de Joyce Echaquan le 28 septembre 2020, au centre hospitalier de Lanaudière, sous une pluie d’insultes et de commentaires vils prononcés par deux employées. Les deux femmes étaient censées prendre soin de cette mère atikamewk de sept enfants, de toute évidence en grande douleur, car n’est-ce pas ce à quoi une citoyenne est en droit de s’attendre lorsqu’elle franchit le seuil de l’hôpital ? En lieu et place, elle fut criblée de méchancetés alors qu’elle se mourait. L’enquête du coroner dira si ces femmes et leur apparente négligence ont joué un rôle dans le décès de Mme Echaquan.

Les commémorations ont ceci d’utile qu’elles permettent de mesurer l’ampleur du chemin parcouru. Dans l’après-Joyce, ainsi qu’il est possible de le nommer, l’effet le plus spectaculaire demeure ce que tous et chacun ont appelé la « prise de conscience sociale ». Oui, il y eut un éveil collectif après la diffusion des images et des propos d’horreur enregistrés par Joyce alors qu’elle vivait ses derniers instants. Comme si mettre un visage sur le racisme systémique dirigé contre les Autochtones venait confirmer un phénomène resté jusque-là dans le rang des impressions.

Se pourrait-il toutefois que la société ait pris un pas d’avance sur le politique ? L’après-Joyce, chez les politiciens au pouvoir, tarde à prendre forme là où il pourrait compter vraiment. Le gouvernement de François Legault joue encore sur la sémantique pour refuser d’adopter le Principe de Joyce, car il contient une reconnaissance du racisme systémique, ce qu’il refuse de concéder. Il tourne toujours autour de la discrimination ponctuelle, comme s’il était possible que le décès de Joyce Echaquan fût un accident de parcours.

Les médias ont fait œuvre utile au cours de la dernière année et ont montré à quel point et sous combien de formes les Autochtones font l’objet de racisme et de discrimination dans des systèmes comme la santé ou la justice. Une enquête du Devoir diffusée au printemps dernier a révélé que l’affaire Echaquan était loin d’être un cas isolé, en braquant les projecteurs sur des histoires dramatiques vécues par des Autochtones issus de diverses communautés dans des établissements de santé éloignés les uns des autres. En 2019, la commission Viens (Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics) avait déjà conclu à un problème étendu de préjugés à l’endroit des malades autochtones.

Hélas, la CAQ refuse le principe même de documenter les plaintes des Autochtones dans le réseau de la santé, cette absence de données ayant été pointée par la commission Viens en 2019 comme étant l’une des problématiques fondamentales permettant d’éluder l’ampleur du problème. Ce refus parle de lui-même. Il n’y a pas meilleur moyen de repousser l’action que d’éviter de mesurer l’ampleur du problème.

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