Des excuses fort attendues

Il en a fallu du temps à la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) pour effectuer son examen de conscience. Le retard éhonté après lequel surviennent les excuses publiques, formulées vendredi dernier au terme d’une assemblée plénière des évêques, vient brouiller l’exercice de contrition, cette « douleur vive et sincère d’avoir offensé Dieu ». La confession des remords de la CECC ne vient pas clore le dossier, bien au contraire.

Ces excuses étaient attendues, c’est le moins qu’on puisse dire. Comme s’il ne suffisait pas que les Canadiens soient tous un peu coupables d’amnésie collective, en ayant occulté si longtemps l’épisode trouble de notre histoire concernant les pensionnats pour Autochtones ! La confession de la CECC survient si tard qu’elle a suscité, d’un bout à l’autre du pays, des réactions fades, les représentants des Peuples autochtones jugeant à raison que la diffusion de ce communiqué relevait du « trop peu trop tard ». « Je reste encore sur mon appétit », a dit la sénatrice Michèle Audette, peu convaincue par cette demi-transparence.

Les évêques reconnaissent « la souffrance vécue dans les pensionnats indiens du Canada ». Ils concèdent également la longue liste des abus qui ont été commis par des membres de leur communauté catholique : « physiques, psychologiques, émotionnels, spirituels, culturels et sexuels ». Ils admettent en outre le « traumatisme historique et continu » subi par les Peuples autochtones et terminent ainsi : « Nous, les évêques catholiques du Canada, nous exprimons notre profond remords et nous présentons des excuses sans équivoque. »

Comment se fait-il qu’il ait fallu des décennies d’attente et de supplique pour cette reconnaissance ? Les atermoiements de l’Église catholique viennent, hélas, miner la sincérité du pardon. L’Église n’a pas montré ici le meilleur côté de ses valeurs chrétiennes. Les excuses sont survenues au terme d’une assemblée plénière annuelle qui portait précisément sur l’exercice de guérison et de réconciliation, et ce, à quelques jours à peine de la première Journée de la vérité et de la réconciliation, qui sera soulignée le 30 septembre.

Les catholiques arrivent aussi bons derniers dans la course aux excuses. Le rapport final de la Commission de vérité et réconciliation (CVR), publié fin 2015, a dressé un portrait sombre du rôle des Églises, complices du gouvernement du Canada, dans l’opération d’assimilation de quelque 150 000 enfants autochtones, pendant plus de 130 ans, d’un océan à l’autre. « Pendant plus d’un siècle, les objectifs centraux de la politique indienne du Canada étaient les suivants : éliminer les gouvernements autochtones, ignorer les droits des Autochtones, mettre fin aux traités conclus et, au moyen d’un processus d’assimilation, faire en sorte que les peuples autochtones cessent d’exister en tant qu’entités légales, sociales, culturelles, religieuses et raciales au Canada », peut-on lire dans le rapport final de la Commission. « L’établissement et le fonctionnement des pensionnats ont été un élément central de cette politique, que l’on pourrait qualifier de génocide culturel. »

Les Églises catholique, anglicane, unie, méthodiste et presbytérienne ont été les principaux groupes confessionnels responsables de l’administration des pensionnats pour Autochtones. Depuis les premières dénonciations de traitements et d’abus inacceptables dans ces établissements, plusieurs groupes ont présenté des excuses. L’Église unie en 1986. La Conférence oblate du Canada en 1991. Le primat de l’Église anglicane en 1993. L’Église presbytérienne en 1998. Bien sûr, certaines entités catholiques directement impliquées dans les abus dénoncés ont déjà exprimé des regrets, mais cela a créé un « fouillis » décevant, notent les commissaires dans leur rapport final. « La présentation d’excuses ou la déclaration de regrets est laissée à l’initiative de chacun. Il en a résulté un fouillis de déclarations dont bon nombre de survivants et de religieux n’auront jamais connaissance. »

Les appels à l’action 58 à 61 contenus dans le rapport final de la CVR concernent d’ailleurs les Églises. L’appel 58 vise directement le pape, qui n’a toujours pas présenté d’excuses formelles, se contentant d’exprimer une certaine sympathie et des regrets. Une délégation d’Autochtones parmi lesquels figurent des survivants des pensionnats doit rencontrer le pape François en décembre prochain, un exercice auquel participera la Conférence des évêques catholiques.

Les excuses des responsables catholiques font évidemment office de symbole et, plus elles auront tardé, moins elles auront eu d’impact. Mais les actions concrètes attendues des congrégations et des groupes religieux concernent encore la tenue de réelles enquêtes et le partage de leurs archives, qui permettront d’avoir accès à des documents d’importance capitale comme les codex historicus (archives de la vie quotidienne), reliquats essentiels de la vie volée des enfants pensionnaires.

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