Hydro-Québec en bonne position

Hydro-Québec vient d’annoncer que l’État de New York l’avait choisie, avec son partenaire américain Transmission Developers, pour la livraison, pendant 25 ans à compter de 2025, de 10,4 térawattheures (TWh) d’électricité, soit l’équivalent de la consommation électrique d’environ un million de foyers américains. Ce projet, appelé Champlain Hudson Power Express (CHPE), s’ajoute à l’entente signée avec le Massachusetts pour la fourniture de 9,45 TWh pendant 20 ans.

Pour donner une idée de l’ampleur de ces contrats, ils représentent ensemble un peu plus de 60 % du volume des exportations nettes d’Hydro-Québec en 2020, une petite année, ou de 55 % du sommet des cinq dernières années, qui s’est établi à 36,1 TWh en 2018. L’an dernier, les exportations constituaient 15 % des ventes d’électricité d’Hydro-Québec et 23 % de ses bénéfices.

Les ventes aux États-Unis se font principalement par le truchement du marché à court terme, dont les prix ne sont pas particulièrement intéressants par les temps qui courent si on les compare à ce qu’ils étaient au milieu des années 2000. C’est une des raisons pour lesquelles ces deux contrats à long terme présentent un excellent débouché pour Hydro-Québec. Les deux projets comprennent chacun une nouvelle interconnexion qui permettra de vendre davantage d’électricité aux États-Unis.

C’est aussi une façon de donner une valeur distincte à son énergie verte, ce que le marché à court terme, qui met la société d’État en concurrence directe avec des exploitants de centrales thermiques, ne lui permet pas de faire.

Poursuivant les mêmes objectifs généraux que le Massachusetts, soit la décarbonation de ses approvisionnements en énergie, l’État de New York, dont 85 % de l’électricité provient de combustibles fossiles, projette de porter à 70 % la part des énergies renouvelables (hydroélectricité, éolien et solaire, principalement) d’ici 2030.

Au moment de l’annonce, une certaine enflure était de mise. Hydro-Québec parlait d’un « gain climatique énorme » et du retrait de l’équivalent de 44 % des véhicules qui circulent à New York. C’est une possibilité, mais il s’agit d’une perspective à long terme.

La société d’État ne peut pas augmenter du jour au lendemain sa capacité de production. C’est donc dire que, dans un premier temps, Hydro-Québec sera amenée à réduire ses ventes sur le marché à court terme, tandis que les exploitants américains de centrales thermiques, maintenant privés de ventes au Massachusetts et dans l’État de New York, viendront combler cet écart. L’effet sur les émissions de gaz à effet de serre sera donc limité. Mais à plus long terme, puisque de nouveaux apports d’énergies renouvelables devraient se matérialiser, des centrales thermiques n’auront d’autre choix que de cesser leurs activités.

La présidente-directrice générale d’Hydro-Québec, Sophie Brochu, a indiqué que la construction d’une nouvelle centrale hydraulique n’est pas envisagée pour remplir ces nouvelles obligations et les besoins d’énergie à venir des Québécois. Comment y arrivera-t-on autrement ? La question est là. Un flou artistique persiste que la p.-d.g. et le gouvernement Legault ont le devoir de dissiper.

Selon son évaluation, Hydro-Québec est en mesure de desservir à l’heure actuelle quatre millions de foyers sur les marchés d’exportation, ce qui porterait sa capacité maximale à quelque 40 TWh, soit un peu plus de 10 % du sommet du volume d’exportations atteint il y a trois ans. La société d’État a lancé de nouveaux appels d’offres pour obtenir de l’énergie de diverses sources renouvelables pour 480 MW et pour 300 MW d’énergie éolienne. On compte également sur les programmes d’efficacité énergétique et l’optimisation des équipements actuels. Mais la bouchée de 20 TWh, ou de deux millions de foyers américains, est tout de même grosse si Hydro-Québec ne réduit pas ses autres ventes aux États-Unis.

Par ailleurs, les nouvelles lignes d’interconnexion (surtout si les États du nord-est des États-Unis en construisent d’autres) pourraient offrir à Hydro-Québec l’occasion de jouer un rôle de « batterie verte » en stockant l’énergie intermittente produite par l’éolien et le solaire au sud de notre frontière, comme le suggère une étude du Center for Energy and Environnemental Policy Research du MIT.

On est loin du projet de « Baie-James du XXIe siècle » que François Legault avait fait miroiter alors qu’il était dans l’opposition, envisageant de partager la propriété de nouveaux barrages au Québec avec des provinces et États américains limitrophes. Les contrats signés récemment sont plus orthodoxes, et c’est tant mieux. La société d’État pourra participer à la décarbonation de nos voisins, ce qui est hautement souhaitable, sans sacrifier — cela s’impose — les intérêts de l’ensemble de la population québécoise.

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