Une victoire partielle

Le gouvernement Legault a décidé d’aller de l’avant avec la désignation d’une aire protégée le long de la rivière Péribonka et il a annulé les imminentes coupes forestières qui allaient prochainement s’abattre sur ce territoire.

Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, et le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, ont annoncé, par voie de communiqué mardi, l’intention du gouvernement « de protéger ce précieux territoire qui est considéré par plusieurs comme un joyau naturel et d’y donner accès à ceux qui veulent y pratiquer des activités touristiques ». Il semble qu’ils sont parvenus à concilier leurs intérêts divergents.

L’aire de la rivière Péribonka est un des 83 projets qui avaient été écartés lors de la désignation, à la fin de décembre l’an dernier, de 34 réserves de territoire aux fins d’aire protégée (RTFAP). Ces réserves, décrétées in extremis, ont permis au gouvernement Legault d’atteindre — enfin, presque — l’objectif de protéger 17 % des milieux naturels terrestres et d’eau douce du Québec, afin de se conformer à la Convention sur la diversité biologique des Nations unies.

La création d’un parc à vocation récréotouristique le long de la rivière Péribonka est l’aboutissement d’une longue mobilisation de citoyens, dont des membres des Premières Nations, et d’élus locaux. Il leur aura fallu un dernier coup de collier cet été pour contrer les coupes forestières que le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) avait autorisées et qui devaient commencer ces jours-ci. On prévoyait récolter 13 % des arbres du territoire dans le couloir visuel de la rivière.

Plusieurs années de préparation et de concertation sont nécessaires pour parvenir à concevoir un projet d’aire protégée comme celui de la rivière Péribonka dans une forme aboutie et prête à recevoir le sceau du gouvernement. C’est d’ailleurs le cas de la majorité des 82 autres projets qui n’ont pas été retenus en décembre. Dans la liste, il existe de nombreux projets qui ont fait l’objet de consultations approfondies et qui avaient reçu l’imprimatur des autorités ministérielles régionales. Certains projets — on pense notamment aux aires protégées de la rivière Dumoine et de la rivière Noire en Outaouais — avaient même été annoncés par le gouvernement précédent. L’opposition du « ministre des Forestières », pour employer le vocable qui a cours, et de ses fonctionnaires aguerris a suffi pour empêcher que les projets se concrétisent.

Dans le cas de la rivière Péribonka, la victoire, que nous devons saluer, n’est pas complète. La superficie de l’aire protégée, prévue pour s’étendre sur 268 km2, sera revue à la baisse. Des consultations auront cours et on peut croire que les intérêts de l’industrie, défendus par le ministre Dufour, pèseront encore lourd dans la balance. Dans un point de presse mardi, le ministre Charette a toutefois indiqué que la superficie de l’aire sera substantielle et que « ce ne sera pas une pointe de tarte ». Le gouvernement doit aussi déterminer quel type de protection il accordera au territoire. Ainsi, le statut d’aires protégées d’utilisation durable (APUD), que permet la nouvelle loi 46 modifiant la Loi sur la conservation du patrimoine naturel, adoptée en février dernier, autorise certaines activités commerciales, mais pas les coupes forestières industrielles.

La victoire est partielle parce qu’elle ne concerne qu’une seule des 83 aires qu’aurait pu réserver le gouvernement Legault en décembre. Promettant de se conformer à la convention internationale, il s’est engagé à protéger, d’ici 2030, de 17 % à 30 % du territoire québécois. Pour atteindre son objectif de 17 %, il a créé des aires protégées sur de vastes territoires peu habités au nord du 49e parallèle, territoires qui ne présentent aucun intérêt pour l’industrie forestière. Or, pour respecter l’esprit de la convention onusienne, les aires protégées doivent être représentatives de la biodiversité de l’ensemble du territoire national.

Les 83 projets d’aires protégées, qui se situent plus au sud pour l’essentiel, contribueraient à cette représentativité. Mais il faut rappeler qu’ils ne totalisent qu’environ 1 % du territoire québécois. À voir le chichi que le gouvernement Legault fait avant de daigner considérer des projets pourtant bien ficelés et justifiés, on peut se demander comment il compte atteindre cet exigeant objectif de 30 %. Si, pour qu’un projet débloque, il faut que les citoyens se mobilisent et manifestent devant les bureaux régionaux du ministère de la Forêt, comme cela s’est produit à Jonquière cet été, il en faudra du temps avant de grappiller ce 1 %, tandis que c’est 12 fois cette superficie qu’il faudra réserver à terme. Le gouvernement Legault doit cesser ses atermoiements.

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