Parés pour la 4e vague?

Si la tendance des derniers jours est annonciatrice de notre proche avenir, le scénario de l’été 2020 semble sur le point de se reproduire : après l’accalmie et le relâchement bienfaiteurs des jours doux, voilà qu’une 4e vague se profile pour l’automne, ce qui rend la course aux doubles doses encore plus cruciale maintenant que jamais. Sommes-nous parés pour la 4e vague et, sinon, comment affûter nos armes ?

Mardi, le Québec a de nouveau franchi le cap des 175 cas quotidiens, et ce, après une dernière longue fin de semaine ayant produit plus de 500 nouveaux cas d’infection à la COVID-19. Jusqu’à maintenant, il a suffi de tourner les yeux vers l’Europe et les États-Unis pour prédire sans grande marge d’erreur le type d’avenir qui nous attendait. Cette fois n’échappera pas à ce scénario : la pandémie jouera son 4e acte, sur des tonalités différentes cependant, le variant Delta narguant des pays qui croyaient avoir gagné la joute — l’Australie et Israël, pour ne nommer que ces deux-là, se colletaillent encore avec un virus qui n’a pas dit son dernier mot.

Le Québec et le Canada goûteront à une recrudescence de cas au cours des prochaines semaines, ainsi que les modélisations scientifiques le laissent entendre. Si les mesures sanitaires continuent d’être allégées sans le moindre redressement, et que les taux de vaccination stagnent encore, les courbes d’infection s’affoleront — quelque 10 000 cas quotidiens sont alors attendus au Canada. Le variant Delta est plus contagieux, et même si l’on prédit qu’il entraînera moins de décès et d’hospitalisations que lors des dernières vagues, sa domination ailleurs dans le monde suffit à s’interroger sur notre capacité à faire face aux prochaines secousses.

Au centre des préoccupations, une lourde question : le taux de vaccination des Québécois et des Canadiens suffira-t-il à adoucir la 4e vague portée par le variant Delta ? Et sous-question : quel serait, au juste, le taux idéal ?

Plusieurs nations ont avancé un taux de 75 % de protection adéquate — double dose de vaccin, ou une dose unique pour les cas préalablement infectés par la COVID —, mais c’était avant l’avènement du Delta. De plus en plus d’experts militent désormais pour des visées plus élevées, de 85 %, voire 90 % de la population vaccinée, pour faire face au prochain assaut sans conséquences gravissimes. À l’heure actuelle, 66 % des Canadiens sont pleinement vaccinés, et 68 % des Québécois. Décortiquées en tranches d’âge et corrélées aux dernières données portant sur les nouveaux cas d’infection, ces statistiques pointent à nouveau un groupe demeuré à découvert, soit les 18-29 ans, dont la cadence de vaccination n’atteint pas le rythme espéré malgré tous les efforts déployés ces dernières semaines. À quelques semaines à peine d’un retour en classe pour les élèves et les étudiants, la protection vaccinale des groupes les plus jeunes doit demeurer l’enjeu prioritaire.

En mai dernier, les conditions fixées par le gouvernement du Québec pour autoriser une rentrée scolaire en présence dans les cégeps et les universités faisaient état d’un pourcentage de couverture vaccinale de la population étudiante de 75 %, objectif désormais désuet. Il semblerait, selon des données dont dispose Québec, que cette clientèle dépasse déjà cette statistique. Le gouvernement affirme que 81 % des étudiants ont reçu une 2e dose (ou sont en voie de l’obtenir). Ces données sont rassurantes, mais elles doivent être combinées au maintien du port du masque, notamment en prévision de tous les cours qui pourraient être donnés dans des amphithéâtres bondés, si telle est toujours la pratique dans un univers postpandémique.

Même si de façon générale au Québec la population des 12-17 ans a bien répondu à l’appel de la vaccination, à Montréal, des disparités imposantes inquiètent les autorités de santé publique, certaines écoles secondaires affichant des taux de vaccination situés sous la barre des 40, ou même des 25 %. Le gouvernement devrait d’ailleurs, comme le recommande la Dre Mylène Drouin, directrice régionale de santé publique de Montréal, rehausser là aussi son objectif à au moins 85 %. On est loin du compte !

Ces chiffres insuffisants confirment ce que l’on craignait : les écoles seront un milieu de contamination et de circulation virale très active, d’autant plus qu’avec tous les autres groupes d’âge mieux protégés grâce au double vaccin, la pression du virus sera reportée sur les populations qui demeurent à découvert.

On n’a pas oublié les ratés spectaculaires de la campagne de vaccination dans les écoles qui devait avoir lieu avant la fin des classes, en juin, et qui aurait permis d’amoindrir le tableau décevant du jour. L’année scolaire 2021-2022 doit commencer sous de meilleurs augures et les responsables de l’éducation n’ont plus la moindre excuse pour éviter de ficeler un plan solide : il faudra des campagnes de vaccination ultrarodées et des opérations de dépistage au primaire qui permettront de prévenir plutôt que de subir les éclosions. Les enfants du primaire ne doivent pas être oubliés dans l’offensive de l’automne, et ce, même si le vaccin n’est pas encore prévu pour eux. C’est dans la prévention que réside la clé pour ce groupe plus vulnérable.

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