Parti vert du Canada: galère en perdition

Élue laborieusement en octobre dernier après huit tours de scrutin, la cheffe du Parti vert du Canada (PVC), Annamie Paul, promet de faire de la politique autrement. Il semble cependant que cet idéal la porte à briser certaines règles politiques de base, comme celle qui veut qu’on évite de cracher dans la soupe.

Les dernières péripéties que traverse la formation politique devraient éventuellement faire l’objet d’études savantes sur les écueils qu’un parti doit éviter à l’approche d’élections générales.

Le PVC ne fait pas que défendre des enjeux écologistes. Il ne se veut pas le parti d’une seule idée, aussi cruciale et englobante soit-elle. Aussi doit-il définir des positions sur une foule d’autres sujets. L’exercice peut être délicat. Certains estiment que l’écologie est compatible avec l’économie de marché ; d’autres croient que la lutte contre les changements climatiques est un combat contre le capitalisme. Le PVC doit aussi se doter d’une politique en matière de relations internationales et aborder, notamment, les tensions entre Israéliens et Palestiniens. C’est sur ce point, bien loin de l’urgence climatique, que la bisbille a éclaté.

En juin, la députée verte de Fredericton, Jenica Atwin, est passée dans le camp libéral après qu’un proche conseiller de la cheffe, Noah Zatzman, l’eut traitée d’antisémite. Un des trois autres députés verts, Paul Manly, a aussi eu droit à cette invective. Jenica Atwin avait condamné Israël pour ses attaques aériennes à Gaza, appelant à la fin de « l’apartheid » ; Paul Manly avait parlé de « nettoyage ethnique ». Ce sont des opinions qu’on peut qualifier de radicales, mais qui sont répandues dans les milieux gauchistes. Il faut dire qu’une fois dans le giron libéral, la transfuge a considérablement nuancé sa position.

Le Conseil fédéral du PVC, l’équivalent de son exécutif, avait exigé de la cheffe qu’elle renie les propos de son adjoint, ce qu’elle a refusé de faire. Il a toutefois quitté ses fonctions depuis. Qualifiant de « raciste et de sexiste » la fronde que des conseillers menaient contre elle, Annamie Paul, une femme noire de confession juive, avait menacé de poursuivre son parti en justice — une innovation. L’exécutif devait se pencher sur la possibilité de révoquer sa carte de membre. Il devait se prononcer mardi sur une motion appelant au départ de la cheffe. Ensuite, un vote de confiance aurait eu lieu lors d’une assemblée générale le 21 août.

Dimanche, coup de théâtre : toutes ces procédures sont abandonnées sans plus d’explications. Dans une conférence de presse lundi, la cheffe n’en a fourni aucune. C’est motus et bouche cousue dans les instances du parti et la députation. La langue bien pendue d’habitude, l’ancienne cheffe du parti et actuelle députée, Elizabeth May, a refusé de commenter la situation, Mme Paul lui ayant enjoint de ne rien dire. La même consigne fut imposée à Paul Manly. Si c’est ça, faire de la politique autrement…

Il est sans doute apparu aux membres du Conseil fédéral que de se débarrasser de la cheffe alors que s’annoncent des élections est une manœuvre pour le moins risquée. Ou encore que le mal est fait de toute façon.

Devant les journalistes lundi, Annamie Paul, qui parle souvent d’elle-même à la troisième personne, a souligné que les dernières semaines avaient été « les plus douloureuses de sa vie ». Sans prendre une part du blâme, elle a insisté sur son « intégrité » et ses « valeurs ».

Si on se fie à la composition de son cabinet fantôme, le Québec est une quantité négligeable. Sur 23 porte-parole, deux seulement viennent du Québec, dont un seul francophone. Les membres ontariens — la cheffe est de la région de Toronto — constituent la moitié du cabinet fantôme.

Le Parti vert ressemble au Nouveau Parti démocratique d’avant Jack Layton et d’avant la déclaration de Sherbrooke qui a reconnu la nation québécoise : une formation dirigée de Toronto, à l’image du Canada anglais. Bien qu’elle ne siège pas à la Chambre des communes, Annamie Paul s’est opposée à une motion du Bloc québécois sur le droit du Québec de modifier sa Constitution pour y inscrire que le Québec forme une nation. Elle a rejeté une autre motion bloquiste exigeant des excuses du premier ministre pour l’imposition de la Loi sur les mesures de guerre en 1970, bien que les trois députés verts aient voté pour. À la tête d’un gouvernement vert, elle lutterait contre la Loi québécoise sur la laïcité de l’État. Enfin, elle a rejeté la candidature de Christian Simard, l’ex-président de Nature Québec, sous prétexte qu’il est souverainiste. Si les souverainistes ne sont pas les bienvenus dans ce parti écologiste, de surcroît progressiste, c’est qu’il y a peut-être un problème. Plusieurs membres québécois du PVC doivent aujourd’hui se demander ce qu’ils font dans cette galère.

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