La volonté de Kerry

Le maître mot de la convention démocrate était le suivant: «L'Amérique peut faire mieux.» John Kerry l'a clamé, les pancartes brandies par des centaines de délégués l'affirmaient. Pour le champion des démocrates et ses partisans, le pays mérite de s'extraire de l'isolationnisme dans lequel Bush l'a plongé et de s'éloigner des écueils économiques consécutifs au laxisme des républicains. Déclinons.

Au cours des prochaines semaines, John Kerry va préciser et détailler les lignes politiques qu'il a abordées lors de la convention démocrate. En attendant ces dévoilements, suffisamment d'engagements ont été pris qui éclairent en quoi et comment un gouvernement Kerry se distinguerait d'un gouvernement Bush. Sur le front des relations internationales, la différence serait notable.

Autant Bush a une inclination pour l'unilatéralisme, autant Kerry cultive un certain penchant, et non un penchant certain, pour le multilatéralisme. S'il est élu président, Kerry accordera priorité au ralliement des alliés. Plus précisément, il entend travailler au raccommodage des liens qui se sont passablement effilochés dans la foulée du dossier irakien. Son raisonnement est simple, ou plutôt réaliste: l'Amérique ne peut agir seule. Elle a besoin du soutien des autres pour soulager ses militaires et partager les coûts.

À ce propos, un fait doit être souligné, que Kerry a évoqué dans des entretiens mais de façon indirecte dans son discours. À son avis, il faut réformer l'ONU. Dans son exposé de l'autre soir, on se rappellera que, sur un ton ferme, Kerry a déclaré: «Je ne donnerai jamais à aucune nation ou à aucune institution internationale un droit de veto sur notre sécurité nationale.» CQFD: le Conseil de sécurité de l'ONU ne peut plus fonctionner comme il le fait.

Histoire de clouer le bec à ceux qui doutent de sa fermeté pour tout ce qui a trait à la sécurité du pays, l'ex-sénateur du Massachusetts a d'ailleurs clairement indiqué que, si la situation le commandait, il aurait recours à la frappe préventive. Mais, à la différence de l'actuel occupant de la Maison-Blanche, il agira sur la foi de renseignements fiables. Des renseignements qui auront été vérifiés, contre-vérifiés et longuement soupesés. Pour ce faire, il entend mettre en oeuvre la réforme que proposent les membres de la commission d'enquête sur le 11 septembre. Il est vraisemblable que ce sujet sera âprement débattu d'ici le 2 novembre, Bush n'étant pas un chaud partisan de la réforme souhaitée. Passons à l'économie.

Avant toute chose, il faut rappeler que, à l'instar de ce qui a été constaté lors de l'élection antérieure, les indécis feront pencher la balance. Ces derniers sont concentrés dans les classes moyennes et ont une obsession: l'économie avant tout le reste. Autre chose: d'après un sondage, la masse des ballottants n'a pas une opinion favorable ou défavorable du héros des démocrates. Bref, elle attend qu'on la séduise.

Pour la convaincre de voter Kerry, celui-ci a promis d'étendre l'assurance-maladie à tous ceux qui n'en bénéficient pas, en mettant 650 milliards sur la table. Pour financer ce programme, Kerry gommera les avantages fiscaux que Bush a accordés aux ménages gagnant 200 000 $ ou plus par année. Qui plus est, 200 milliards seront alloués à l'éducation. Le but? Mener une réforme susceptible de hausser la qualité de l'enseignement.

Cela rappelé, il faut maintenant se demander comment il sera en mesure de respecter les obligations découlant d'une autre de ses promesses, soit celle de dégager des surplus budgétaires avant le terme de son mandat. La question demeure pour l'instant ouverte. Kerry assure qu'un autre boom technologique est à l'horizon, mais bon... On demeure dans l'expectative.

Plus important, pour nous, est cette volonté affirmée de vouloir rouvrir le traité de l'ALENA et de taxer les entreprises américaines qui délocalisent. En ce qui concerne l'ALENA, Kerry tient à le modifier de manière que les travailleurs américains jouissent d'une meilleure protection et que l'environnement soit mieux protégé. Pour ce qui est du deuxième point, il veut pénaliser, par l'entremise de la fiscalité, les entreprises qui délocalisent afin, entre autres choses, de bénéficier d'un taux de change profitable. Ainsi, il faut s'attendre à ce que, par exemple, les gros studios d'Hollywood réfléchissent à deux fois avant de réaliser leurs films dans nos environs.

Cela étant, Kerry a certainement rassuré ceux et celles qui craignaient que l'homme n'ait pas de force. Non seulement il en a, de la force, mais en plus elle est ferme.