L'éternel recommencement

La rencontre des premiers ministres provinciaux qui s'est terminée hier, à Niagara-on-the-Lake, a abouti à un consensus qui a toutes les apparences d'une division. Unanimes à suggérer la création d'un régime national d'assurance-médicaments et le financement minimum du quart des dépenses en santé, les provinces sont loin de s'être entendues sur la façon d'injecter cet argent dans le système. Heureusement pour elles que le gouvernement Martin soit un gouvernement en sursis: cela pourrait leur éviter le pire!

À l'issue de la rencontre du Conseil de la fédération, les premiers ministres des provinces et les représentants des territoires ont convenu de prendre Paul Martin au mot en invitant Ottawa à financer un régime d'assurance-médicaments national, avec pleine compensation pour les provinces qui ont déjà leur propre régime. Ils se sont aussi mis d'accord pour exiger que l'on rehausse la contribution fédérale en santé au niveau d'avant l'ère des compressions, soit 25 % des coûts. Si par quelque miracle bien improbable Paul Martin accédait à cette demande, Ottawa devrait débourser 27 milliards de plus en cinq ans au lieu des neuf milliards promis pendant la campagne électorale.

En outre, les provinces exigent d'Ottawa qu'il ramène les paiements de péréquation à leur niveau plus élevé de quelques milliards du début de la décennie, et qu'il cesse d'amputer ce montant chaque fois qu'il augmente les transferts en santé. Il y a des limites à reprendre d'un côté ce qu'on a donné de l'autre, ont lancé les premiers ministres des provinces pauvres qui ont déjà tant de difficultés à faire face à la flambée des dépenses en santé.

À la demande fédérale de reddition de comptes, les premiers ministres ont aussi répondu en choeur qu'ils le faisaient déjà et qu'il était inutile d'en rajouter. Voilà donc l'essentiel du consensus.

Malheureusement, cette façade bien lisse cache des fissures qui ne manqueront pas de réapparaître lors de la conférence télévisée convoquée par M. Martin pour la mi-septembre. Si les premiers ministres s'entendent comme larrons en foire pour revendiquer plus d'argent — la chose la plus facile à faire —, là s'arrête la belle unanimité. Plusieurs d'entre eux, dont l'ontarien Dalton McGuinty, sont tout à fait disposés à accepter le plan fédéral qui lie l'argent à des cibles déterminées, telles les soins à domicile ou la réduction des listes d'attente. L'Ontario libérale est beaucoup plus près des positions du grand frère fédéral que l'Alberta de Ralph Klein qui tient à ses propres expériences, ou même que le Québec de Jean Charest qui défend l'autonomie de sa province dans les champs de compétence prévus à la Constitution. En point de presse, à la clôture de la rencontre, M. Charest s'est d'ailleurs opposé avec fermeté à son homologue ontarien: Qu'arrivera-t-il lorsque Ottawa décidera de mettre fin de façon unilatérale à un programme? a demandé M. Charest en réaction à son homologue McGuinty qui venait de dire son ouverture au plan Martin.

Jusqu'à présent, et jusqu'à preuve du contraire, l'approche Martin est tout à fait similaire à celle de son prédécesseur, Jean Chrétien. Le premier ministre libéral fédéral s'obstine à vouloir jouer le rôle de président de la république alors qu'il devrait se contenter de planter ses choux dans son propre jardin.

Il faut reconnaître que le premier ministre Charest s'est montré étonnamment déterminé à ne rien céder lors de cette rencontre avec ses homologues provinciaux. Bien sûr, il ne s'est pas opposé à la création d'un régime national d'assurance-médicaments, mais en autant que le Québec puisse maintenir le sien dans son intégrité, avec pleine compensation.

Malheureusement, M. Charest n'est pas parvenu à rallier ses homologues à une position commune concernant un financement global inconditionnel, de sorte qu'Ottawa aura beau jeu de jouer la division des troupes le moment venu d'avancer l'argent.

Ce chassée-croisé de subtilités politiciennes a de quoi rendre désabusés même les plus endurcis de la chose politique. Après tout, n'avons-nous pas la désagréable certitude d'entendre les mêmes revendications et les mêmes réponses d'une rencontre à l'autre, et que seuls les montants varient?

Ce qu'il y a de différent cette fois-ci, c'est que contrairement aux spectacles déprimants auxquels Jean Chrétien nous avait habitués, le premier ministre Martin, qui est minoritaire aux Communes, devra faire preuve de beaucoup plus d'imagination et de souplesse dans la recherche de solutions. En sera-t-il capable? Voilà une question à 27 milliards de dollars.

jrsansfacon@ledevoir.ca

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