La gageure

Le troisième lien est une promesse phare de la Coalition avenir Québec, un projet qui flatte dans le sens du poil les sympathisants caquistes de la capitale nationale. C’était au départ un projet autoroutier destiné à satisfaire l’appétit en bitume des automobilistes. Le gouvernement Legault l’a plutôt inscrit lundi dans un vaste projet de transport collectif englobant le tramway de Québec et une centaine de kilomètres de voies réservées aux autobus pour desservir la banlieue ainsi que Lévis. Sur le plan de la communication, ça ne manque pas d’habileté.

En conférence de presse hier, le premier ministre François Legault a présenté le Réseau express de la Capitale, le nom réservé à cette réunion de quatre projets, dont le troisième lien, qui va maintenant s’appeler prosaïquement le tunnel Québec-Lévis.

Ce tunnel comprendra quatre voies pour les automobiles et deux voies pour les autobus électriques. On aurait voulu y faire circuler un train léger sur rail ou encore un tramway, mais le nombre de passagers prévus, quel que soit l’optimisme des hypothèses, était loin de justifier pareil déploiement. Ce sera donc des autobus. Il y a une limite à tout.

Le coût des 8,5 kilomètres du tunnel Québec-Lévis est pharaonique. Sa construction s’étendra sur dix ans — François Legault espère que le délai sera raccourci — et coûtera entre 6 et 7 milliards, à quoi il faut ajouter entre 10 % et 35 % pour les frais d’emprunt et les réserves. C’est donc dire que la facture pour le tunnel pourrait s’élever à quelque 10 milliards. Un beau chiffre rond.

Pour les détracteurs de ce troisième lien à l’est de l’agglomération, il s’agit d’une solution non optimale à un problème inexistant. En fait, aucune prévision d’achalandage n’est venue infirmer ce jugement. Lors du breffage technique, les fonctionnaires n’ont pas présenté de données sur papier. Un chiffre de 50 000 déplacements quotidiens en voiture a été évoqué sans qu’il soit étayé par des hypothèses vérifiables. Il s’agirait d’un volume équivalent à 40 % de celui du pont Pierre-Laporte. Quarante pour cent aussi du volume du pont Samuel-De Champlain construit au coût de 4,8 milliards. Quant au nombre de passagers qui emprunteraient les autobus du tunnel, on ne le connaît pas. Les études ne sont pas prêtes. Et on n’a pas tenu compte de l’essor probable du télétravail, a-t-on révélé.

Soyons clair : si le gouvernement caquiste avait eu en main des prévisions sur la fréquentation du futur tunnel justifiant sa construction, le ministre des Transports, François Bonnardel, les aurait fièrement brandies.

« C’est une gageure », a lancé François Legault en conférence de presse. Si la région de la Capitale-Nationale connaît un développement économique remarquable et un accroissement de sa population à l’avenant, le tunnel pourrait un jour s’avérer utile. Cela rappelle la logique qui avait présidé à l’érection de Centre Vidéotron, un autre pari.

Pour ce qui est de l’étalement urbain, le tunnel Québec-Lévis devrait normalement y contribuer. D’ailleurs, le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, n’a pas caché son enthousiasme et salive à la perspective de développer, sur des terres agricoles dézonées, le secteur où débouchera le tunnel.

Chose certaine, la première pelletée de terre, avant les prochaines élections en octobre 2022, ne sera que symbolique. Le ministre Bonnardel a d’ailleurs indiqué que Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) doit remettre son rapport sur le projet en 2023. Tant le premier ministre que son ministre ont donné l’assurance que, quelles que soient les conclusions du BAPE, le projet ira de l’avant. « En toute logique politique », a glissé Régis Labeaume. Une promesse, c’est une promesse.

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31 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 18 mai 2021 00 h 48

    Stratégie de communication

    «Sur le plan de la communication, ça ne manque pas d’habileté.»

    Pourtant, je n'ai lu aucun texte de personnes qui ont été convaincues par cette présentation, les plus positifs, comme M. Dutrisac vantant cette stratégie de communication, les plus négatifs parlant d'écran de fumée. Bref, quand les ficelles sont aussi évidentes, c'est que la stratégie de communication a raté sa cible!

    «Une promesse, c’est une promesse.»

    Pourtant, ce gouvernement a renié de nombreuses promesses, dont la plus évidente est que l'élection de 2022 se ferait avec un nouveau mode de scrutin...

    • Cyril Dionne - Abonné 18 mai 2021 09 h 21

      Ah! Non. Je suis d'accord avec vous M. Jodoin. Coudon, les poules ont des dents et les cochons volent aujourd'hui.

      Ceci dit, quelle dépense inutile pour une ville de 600 000 personnes (ville de Québec) et de sa partenaire, Lévis, ville de 145 000 habitants. 10 milliards aujourd’hui pour un tunnel qui se transformera à 30 milliards à la fin des travaux. La mafia québécoise se chargera de tout cela. Enfin, tout ça pour se réélire dans la ville de Québec et ses environs parce qu’ils se sentent menacés par la montée du Parti conservateur du Québec. Même Toronto, ville de plus de 6 millions n’a pas dépensée autant pour leur transport en commun.

      « Ben », oui, c’est une gageure comme dans celle du Centre Vidéotron vide. Ici, on parle d’une hypothèse comme l’accroissement de la population dû à un développement économique qui tire sa source des instances du gouvernement québécois et sa fonction publique qui s’y trouvent. On nous parle pas des GES, de l’étalement urbain et de la destruction des écosystèmes marins et terrestres, de la biodiversité qui en découle et on veut augmenter la population pour satisfaire une gageure politique. On en veux-tu des éléphants blancs au Québec. Il ne reste plus qu’à accueillir les jeux olympiques encore une fois et construire un stade pour le base-ball afin que la concession du propriétaire véreux quitte dans quelques années. Misère.

      Oui, une promesse c’est une promesse comme un chum c’est un chum. Disons qu’on l’a déjà entendu celle-là. Content de voir Régis Labeaume partir. C’est le Jean Drapeau de la ville de Québec et ce n’est pas un compliment.

  • Benoit Samson - Abonné 18 mai 2021 05 h 09

    Un château en Espagne construit sous le St-Laurent

    Étant d’origine lévisienne, de mémoire d’homme, depuis que les élections existent les politiciens de Québec et surtout de Lévis et Chaudière-Appalaches incluent dans leur programme électoral le besoin et surtout la promesse de construire un tunnel entre Lévis et Québec ou du moins de se battre bec-et-ongles pour faire aboutir un tel projet.
    Cependant, jamais un premier ministre ne s’est montré aussi enthousiaste que celui-ci pour une telle initiative. Et pas n’importe laquelle; un tunnel à deux étages s’il vous plait, tant qu’à faire. Des milliers de voitures pourront y circuler à l’heure en plus d’un train rapide pour transporter des milliers de passagers etc…Plus le château d’Espagne est gros plus il a de chances d’être cru.
    Monsieur Legault a raison d’appeler cela ‘’une gageure’’ car elle sera gagnante. Ses instincts populistes le serviront bien encore une fois pour maintenir sa popularité au dessus de 70%. Pendant que les panélistes discuteront du bien fondé de deux ou trois étages au tunnel, de la protection des terres agricoles, du besoin de le raccourcir ou non pour sauver des sous et que l’on noircira les pages des journaux de croquis futuristes du lien extraordinaire et avant-gardiste du tunnel Legault-Lévis-Québec on ne parlera pas des problèmes criants de l’heure. On ne parlera pas du racisme systémique qui, contrairement au tunnel n’existe pas selon Legault, ni de Joyce Echaquan, ni des immigrés dont on n’a pas besoin selon lui, ni des Chartes canadiennes et québécoises desquelles on ne cesse de se soustraire sous son gouvernement. Et surtout pas d’une enquête publique sur la gestion de la pandémie meurtrière ni des problèmes d’éthique du ministre Fitzgibbon ni de la vérité élastique de son ministre de l’éducation.
    Les projecteurs de la prochaine campagne électorale dans la région de la capitale nationale seront braqués sur le vrai problème, le tunnel Legault-Lévis-Québec.

    • Françoise Labelle - Abonnée 18 mai 2021 06 h 55

      Quand la construction va, tout va. Le vieux modèle éculé de relance de l'économie. À Québec, on a bâti bien des nouveaux centres de soin hospitalier. Quand vint la pandémie, le matériel et le personnel manquait. Tout dans le béton,comme d'habitude.

    • Hermel Cyr - Abonné 18 mai 2021 12 h 56

      Et près d'une journée après cette annonce, je n'ai encore vu aucune réaction de la part d'un parti d'opposition ! Nenni silence radio !
      Ont-ils peur d'avoir peur ou quoi ?
      Désolant !!

    • Bernard LEIFFET - Abonné 18 mai 2021 14 h 05

      Rêver en couleur c'est bien beau, mais dans votre conclusion vous dites que le vrai problème est le tunnel Legault-Lévis-Québec! Que doit-on retenir de votre commentaire, le titre ou la conclusion car c'est un peu trouble, l'une contredisant l'autre! La méthode Legault, parler des deux côtés de la bouche est devenue un signe qui ne trompe pas, bref la route sera longue pour rêver encore un bon bout de templs!

    • Benoit Samson - Abonné 18 mai 2021 15 h 16

      Désolé Monsieur LEIFFET.
      Bonne remarque de votre part.
      Ma dernière phrase était cynique en essayant de montrer en dedans de la limite des 2000 caractères permis que c'est ce que monsieur Legault aimerait que l'on croit en détournant l'attention des vrais problèmes.

  • Marie-Hélène Gagnon - Abonnée 18 mai 2021 05 h 58

    Gaspillage!

    Quant on parle de 10 millards, ça veut dire que ça va sûrement en coûter plus! Et tout ça pour aller se chercher des votes car ce lien est inutile.
    10 millards alors qu'on vient dire aux infirmières et aux profs de se calmer dans leurs demandes car on est en pandémie!
    10 millards alors qu'on refuse des primes covid aux agents d'intervention dans les hôpitaux psychiatriques et les centres jeunesses (ceux qui mangent les coups à 20$ de l'heure pour protéger le personnel. Ce sont des interventions en corps à corps).
    10 millards alors qu'on parle de déficite record!
    10 millards pour aller saccager l'environnement alors que ce gouvernement ne fait déjà rien pour le protéger!
    C'est ça la CAQ! Pendant que le système de la santé, de l'éducation et des services de garde craquent, pendant que les gens pauvres peinent à se trouver un logement décent et abordable, pendant que la forêt disparaît, pendant que l'environnement se meure, ben la CAQ va construire un lien inutile et gaspiller 10 millards pour aller se chercher des votes!

    • Germain Dallaire - Abonné 18 mai 2021 08 h 02

      Ce projet, ça ressemble à du délire. Le gouvernement caquiste est hors-sol, obnibulé qu'il est par les sondages et la faiblesse des oppositions. Son unique recette est le développement économique à tout prix à l'exemple de son super-ministre de l'économie qui distribue les millions à tout vents et à qui il ne faut surtout pas poser de questions (quel crime!). Pour le reste, l'organisation des ministères, la gestion de la fonction publique, la qualité des services, il n'a rien à dire autre que réagir aux scandales. Un exemple révélateur à ce chapitre: dans le livre d'Alec Castonguay, M. Legault a révélé qu'il aurait congédié la moitié des PDG de CIUSS. Qu'a-t-il fait? rien. C'est donc dire que M. Legault travaille avec des hauts dirigeants qu'il considère incompétents et s'accomode de la situation. En fait, la recette de Legault pour la santé comme pour tout, c'est le recours au privé. S'ils veulent des services, que les gens s'en paient. Et s'ils n'ont pas l'argent pour s'en payer, c'est pas grave parce que notre cher super ministre de l'économie va leur créer des jobs payantes. Du délire je vous dis!

    • Brigitte Garneau - Abonnée 18 mai 2021 08 h 43

      Tant qu'il y a de l'argent...la BÊTISE n'a pas de limite, ni de frontière!!

  • Jean Lacoursière - Abonné 18 mai 2021 07 h 12

    Une gigantesque erreur...

    ...de ne pas réserver ce tunnel au rail.

    Ce serait là le « nudge » (incitatif) ultime pour augmenter l'utilisation de TOUT le réseau de transport collectif.

    • Bernard LEIFFET - Abonné 18 mai 2021 13 h 09

      Vous avez raison monsieur Lacoursière. Au moins deux voies ferrées électriques pourraient permettre un déplacement collectif de nombreux voyageurs sans affecter l'environnement. L'utilisation de TGV pourrait développer nos compagnies pour aller rejoindre d'autres grandes villes à distance. .

  • Brian Monast - Abonné 18 mai 2021 07 h 35

    Diversion ou asservissement ?

    Non seulement est-ce une manière, comme semble le suggérer M. Samson, de détourner notre attention ; c'est aussi une manière - n'en déplaise aux promoteurs de tels projets - de nous asservir nous-mêmes. Non, malgré l'illusion créée par les largesses de nos gouvernements depuis une année, l'argent ne tombe pas du ciel. Un projet "pharaonique" atèle une collectivité. Il ne peut en être autrement. Penser en terme de productivité et de rendement, c'est bien. Quel monde voulons-nous produire, et rendre, avec un tel projet ?

    Si vous voulez travailler à Lévis, aller vivre à Lévis. Lévis : charmante ville. Vice versa si vous voulez travailler à Québec.

    Ça ne me paraît pas compliqué.

    On pourra rêver ensuite de quelle manière plus intelligente nous pourrions dépenser notre beau 10 milliards qu'on n'a pas.